Journal d’un médecin de ville : chronique d’une lente disparition

Photo extraite du documentaire Journal d'un médecin de ville

Documentaire selon le Larousse : « film, à caractère didactique ou culturel, visant à faire connaître un pays, un peuple, un artiste, une technique… ». Ou une disparition. Celle de la médecine de proximité, le propos de Journal d’un médecin de ville.

L’archétype du médecin de famille

Ici pas de plongée dans l’hôpital en crise, dans les manifs de soignants, les urgences saturées. Le réalisateur Nicolas Mesdom préfère aborder la question de la crise du secteur médical selon un autre angle, en nous racontant les journées d’un médecin de ville qui s’apprête à prendre sa retraite. Une retraite bien méritée après des décennies de bons et loyaux services auprès d’une patientèle qu’il a soignée, dont il a vu naître les enfants, enfants qu’il suit également avec les collègues qui partagent le même cabinet.

En première ligne des épidémies de grippe et de gastro, cet archétype du médecin de famille à la Zola est par ailleurs le confident, celui avec qui on partage les angoisses, les joies, les doutes, les chagrins. Il ne soulage pas que la douleur corporelle, il ne fait pas que renouveler les ordonnances, vérifier les résultats d’analyse. Il est aussi un conseiller, un protecteur, un rempart. Celui qui trouve des solutions, qui allège les âmes, tranquillise, rassure. Un humain qui parle à d’autres humains.

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Autres temps, autres mœurs

Un peu de chaleur et d’échange, d’intimité dans un monde de plus en plus dur et automatisé. Pas dit que son jeune successeur soit aussi à l’écoute. Autres temps, autres mœurs, la désertification gagne même les grandes villes, après avoir doucement, mais sûrement rongé les campagnes, laissant les populations désemparées, privées de ce relais essentiel dans le parcours de soins. Écho ironique du livre de Jacques Chauviré, Journal d’un médecin de ville interroge l’avenir de la profession.

Et, comme une conséquence logique, celui des malades, livrés à eux-mêmes, confrontés à une nouvelle génération de médecins plus en retrait, condamnés à se réfugier aux urgences par manque de praticiens, ou parce que ceux qui demeurent sur le marché n’ont plus de créneau horaire, de disponibilités. C’est que la demande, elle, explose et les salles d’attente débordent. Les visites à domicile, les consultations sans rendez-vous ? Terminé.

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Pour sûr, ce vieux médecin de ville, pétri d’humanité et d’empathie, épuisé d’avoir tant donné à ce métier qu’il adore, mérite sa retraite. Pourtant, c’est le cœur serré qu’il s’en va, salué par des patients qu’il a le sentiment d’abandonner. Malheureux de faire partie du passé quand il en faudrait tant comme lui pour faire face à une réalité sanitaire alarmante. La fin du documentaire laisse un petit goût d’amertume, de frustration. Des médecins de ce type, nous en avons tous connu ; à l’heure de la health tech triomphante, où les cabines de téléconsultation envahissent les pharmacies, Dieu qu’ils nous manquent.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner ce documentaire sur ARTE.