A young Doctor’s Notebook 1 et 2 : Tchekhov sous acide, Tolstoï aux urgences ?

Oui, oui, entre les cuisses de ce monsieur, c’est bien le visage de Daniel Radcliff  que vous distinguez, ici exfiltré de la saga Harry Potter pour endosser, avec un brio évident, le rôle d’un médecin tout frais diplômé de la fac et parachuté dans un dispensaire de campagne pour y faire ses armes. Un dispensaire de campagne. Au fin fond de la Russie. En plein hiver. Sous la neige. Au milieu de paysans complètement analphabètes, superstitieux et rongés de syphilis. Le tout à la veille de la Révolution de 1917. Soit le pitch assez dynamique de la série A Young Doctor’s Notebook saison 1 et 2.

Un incroyable tour de force narratif

Cette adaptation des Carnets d’un jeune médecin signés de la main de Mikhaïl Boulgakov oscille entre Grand Guignol et Monty Pythons, Trainspotting et Guerre et paix. Les premiers pas de ce gamin s’opèrent dans l’ombre écrasante et grotesque de son prédécesseur ; confronté à la misère de ses patients et à son impuissance, l’initiation de cet anti-héros est à la fois touchante, dramatique et d’un humour incroyable. Sanglant au possible, ne nous épargnant aucun détail anatomique (franchement certaines scènes d’opération sont insoutenables), le feuilleton est aussi un incroyable tour de force narratif qui confronte le personnage central avec lui-même à 10 ans d’écart, dans une mise en abîme révélatrice, où le praticien reconnu et héroïnomane, joué par un Jon Hamm fataliste et émouvant, cherche à comprendre comment il a pu se perdre ainsi.

Rire slave et dérision britannique

Mix ingénieux entre le rire slave et le sens de la dérision britannique, A young Doctor’s Notebook se décline dans des teintes allant de la douceur chaleur du sépia au bleu métallique du scalpel pour mettre en exergue les sentiments contradictoires qui agitent cette jeune âme. La deuxième saison enfonce un peu plus le bistouri dans la plaie, cette fois-ci sans anesthésie. Du coup, le ton se durcit et le récit autobiographique prend une tournure plus tragique. C’est que notre jeune docteur, toujours incarné par Daniel Radcliffe décidément fait pour ce rôle, va avoir un mal terrible à combattre : la morphine qui le ronge à petit feu, neutralisant ses capacités de soignant, le vouant aux délires et à la fébrilité au moindre manque. Pas évident à gérer quand on est un petit médecin de campagne soudainement confronté aux spasmes de la révolution bolchevique.

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Lâchetés multiples

Entre russes blancs et rouges, le jeune médecin ne sait plus où donner de la tête, qu’il perd complètement quand apparaît Natasha, la belle aristocrate en fuite. C’est là que tout bascule vraiment, dans la frénésie d’un monde qui s’écroule … et notre héros n’en sort pas grandi, loin s’en faut. C’est drôle certes, beaucoup, à se tordre parfois mais ses lâchetés multiples font aussi grincer des dents, tandis que lui-même, plus âgé et désintoxiqué, contemple ce gâchis d’un œil sans pitié, et le personnage joué par Jon Ham de prendre en cet instant une étoffe supplémentaire particulièrement appréciable. Le tout est délectable et quand le dernier générique finit de se dérouler, on n’attend plus qu’une chose : la saison 3 si jamais elle voit le jour. En attendant, vous pouvez bignewatcher les deux chapitres sur ARTE, c’est un véritable bijou, vous ne le regretterez pas.

 

Et plus si affinités

https://www.arte.tv/fr/videos/RC-019767/a-young-doctor-s-notebook/

La série existe aussi en DVD ici.