Antivax – Les marchands de doute : un documentaire aussi édifiant qu’inquiétant

documentaire antivax

« Antivax »… un terme très en vogue, aussi bien en une des médias que dans les conversations du quotidien. Conspués par les uns, adulés par les autres, opposés en continu aux « provax », qui sont réellement ces antivax que les gouvernements s’acharnent à traquer à grand renfort de pass sanitaire et vaccinal, d’interdictions de toutes sortes ? Pourquoi pareille intransigeance ? C’est le propos du documentaire Antivax – Les marchands de doute que d’interroger cette nébuleuse, son histoire, ses prises de position et leurs retombées. Une enquête édifiante et inquiétante à plus d’un titre.

À l’origine du mouvement antivax, le scandale Wakefield

Et dès la première étape de ce récit, une gifle monumentale : à l’origine du mouvement antivax, on trouve le gastro-entérologue britannique Andrew Wakefield ; en 1998, ce dernier publie dans The Lancet, éminence scientifique et médicale par excellence, une étude accusant le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) de multiplier les cas d’autisme chez les enfants inoculés. Cette étude va faire l’effet d’une bombe et constituer le socle de l’argumentation anti-vaccinale. Problème : cette étude a été complètement trafiquée par un Andrew Wakefield qui dans le même temps s’apprête à déposer un brevet pour un vaccin anti-rougeole de son cru. Objectif donc de cette tromperie : jeter le discrédit sur un produit concurrent.

Radié de l’ordre des médecins anglais, il s’exile aux États-Unis où il continue depuis de dénoncer l’impact nocif des vaccins… et de proposer de soigner les cas d’autisme qui en résultent. Des traitements au coût astronomique bien sûr, qu’il dispense à des parents totalement démunis devant la détresse de leurs enfants, et qui cherchent, c’est humain, à déterminer pourquoi ils ont ainsi été frappés par une aussi funeste destinée : les vaccins constituent des coupables parfaits, des éléments de focalisation du désespoir et de la colère. En exploitant le chagrin et la souffrance de ces familles, Wakefield a ainsi développé un business particulièrement florissant, en témoignent ses propriétés immobilières, son train de vie princier.

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Un business lucratif ancré dans une escroquerie

Il n’est pas le seul, loin s’en faut : d’autres ont suivi ce lucratif chemin, quitte à conseiller aux parents de traiter leurs gosses autistes à l’eau de Javel. Pour tout dire, nous étions sidérés devant notre écran en apprenant ces dérives qui relèvent quand même de la pure maltraitance et de l’escroquerie caractérisée. En 90 minutes d’une analyse construite, argumentée, chiffrée, illustrée, étayée de données, de témoignages et d’explications, les réalisateurs Lise Barnéoud, Marc Garmirian, Colette Camden et Flora Bagenal démontent les rouages d’un mouvement d’envergure mondiale dont l’influence, enracinée dans un mensonge, se répand via une propagande bien rôdée et des réseaux sociaux propices aux émotions avec une aisance déconcertante. Les émotions : c’est ce ressort que Wakefield et ses semblables savent si bien utiliser pour s’imposer et vendre leur médecine de charlatans.

Sans plus de scrupules que les Big Pharma, précisons-le, et avec une stratégie marketing tout aussi efficace et hypocrite. Une histoire de communication, de fric et de pouvoir. Les soutiens de Wakefield, riches donateurs ou politiciens radicaux, flirtent pour beaucoup avec les milieux ultraconservateurs, quand d’autres sympathisants viennent des sphères new age et naturopathes. Texas, Ardèche, même combat ? Le taux de non-vaccinés autorevendiqués y explose, de même la rougeole qui a sacrément repris du poil de la bête dans ces contrées comme ailleurs. Faut-il rappeler qu’à la Renaissance, cette maladie était mortelle, même pour les adultes ? C’est ainsi qu’une minorité surfant d’une part sur la revendication de ses droits et libertés, d’autre part sur la désaffection de personnels médicaux désabusés, arrive à convaincre de plus en plus d’adeptes farouchement ancrés sur leur position.

Des questions cruciales

Pour faire face, des particuliers, mères de famille qui traquent ces escrocs sur la toile, enseignants tâchant de faire un peu de pédagogie, médecins passablement agacés, autorités un peu trop complaisantes, sociologues étudiant le phénomène sans pouvoir le freiner. Et là, plusieurs questions cruciales :

  • Que s’est-il passé pour qu’on en arrive là, pour qu’on oublie, qu’on efface, qu’on nie les avancées évidentes réalisées, les milliers de vies sauvées grâce à l’invention du vaccin ?

  • Comment endiguer cette dérive qui capitalise à la fois sur :

    • le désespoir de parents abandonnés par un corps médical incapable d’écoute et d’empathie (le témoignage d’une maman évoquant le comportement très sec des docteurs face à son gosse autiste est on ne peut plus parlant à ce niveau, et il y a fort à parier que si elle avait rencontré un praticien attentif et rassurant, elle n’aurait pas vrillé ainsi),

    • la course aux profits menée tambour battant par des grands labos pharmaceutiques engrangeant les scandales sanitaires comme d’autres collectionnent les timbres (comment faire encore confiance à l’industrie du médicament quand elle peut accoucher sciemment du scandale de l’Oxycontin)

    • la réduction drastique de l’éducation populaire et des campagnes d’information destinées au grand public

    • l’ultra-médiatisation de ces thèses via journaux, télévision, radio, réseaux sociaux en quête de spectaculaire à n’importe quel prix ?

Autre question en lien avec la pandémie que nous traversons et les stratégies vaccinales musclées adoptées par des dirigeants en quête d’électeurs : est-il avisé et raisonnable de mettre dans le même sac antivax extrémistes et quidams acquis à la vaccination, mais qui doutent légitimement de la validité à long terme d’un produit créé en à peine un an dans un climat d’urgence sanitaire, sociale et politique qui ne laisse aucune place à la pondération requise en pareilles circonstances ? Après avoir visionné le documentaire Antivax – Les marchands de doute, on mesure la violence de l’amalgame, la réduction volontairement opérée du champ des débats. « Antivax » ou « provax » (quels termes simplistes), pas d’alternatives ? C’est justement en défrichant une troisième voie qu’on pourrait enfin recréer du dialogue, de la confiance, de la quiétude. Pour sûr, le terme ne doit jamais être employé à la légère, encore moins dans une visée électoraliste racoleuse qui tient plus de la menace stigmatisante que de la réflexion posée.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner le documentaire  Antivax – Les marchands de doute sur le site d’ARTE.