À l’avant-garde : Moffat Takadiwa

Oeuvres de Moffat Takadiwa

“L’Afrique, poubelle des pays riches ?” Le titre de cet article de TV5 Monde parle de lui-même. Outre “174 millions de tonnes de déchets en 2016, avec un taux de 0,46 kilogramme par habitant et par jour », l’Afrique subsaharienne attire des tonnes d’ordures venant les pays occidentaux. 69%, déversés à ciel ouvert, seront brûlés, 24% éliminés d’une autre manière, 7 à 8% recyclés. Parmi ces derniers, certains seront collectés par l’artiste Moffat Takadiwa.

Rituel et mélange

Né en 1983 au Zimbabwe, Moffat Takadiwa opère à Harare dont il sillonne les décharges en quête de détritus plastique. Touches d’ordinateurs, tubes de dentifrice, brosses à dents, bouteilles, bouchons, il collecte, trie par couleurs, nettoie… et le rituel de recyclage peut commencer. Un mélange de tissage, de modelage, de mosaïque, de sculpture, une longue, lente métamorphose qui accouche de pièces monumentales recouvrant les parois comme de gigantesques peaux, des trophées majestueux.

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Étoffes vivantes

Adepte particulièrement inspiré de l’upcycling, Takadiwa multiplie ces tapisseries dignes des tableaux de Klimt, où on retrouve le chatoiement des tissus africains, la complexité des ornements tribaux, la puissance énigmatique des masques, la force séculaire des totems. Ces étoffes presque vivantes possèdent leur magie propre, accrochent la rétine, imposent la scrutation, forcent l’observation. Les détails y sont innombrables, l’œuvre, anamorphosée, change selon l’angle et la distance d’observation.

Transfigurer, fédérer

Qui a dit que l’art est déconnecté des réalités ? Ici, Takadiwa ne fait pas que transfigurer la matière. Il interroge directement le statut du continent africain, considéré depuis trop longtemps comme une mine et un dépotoir des puissances occidentales. Par ailleurs, le créateur participe du renforcement de l’art contemporain africain, dans ce qu’il a de plus original, de plus audacieux et de plus raffiné. Renouant avec la tradition des ateliers d’artistes en vogue à la Renaissance, il compte bien exploiter son don pour fédérer d’autres créateurs au sein de quartier dédiés au recycl’art. Un projet à suivre avec attention, qui augure d’une force créative particulièrement fertile, qui fait sens.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus, consultez le compte Instagram de Moffat Takadiwa ainsi que le site Semiose.