A l’avant garde : Vereja, le tricot comme un cadavre exquis

Modèles de tricots de la marque russe Vereja

Selon l’auteur québécois Robert Lalonde, « la vie est un conte de fées qui perd ses pouvoirs magiques lorsque nous grandissons » … à moins qu’on se mette à tricoter ? Une solution radicale adoptée par Macha Komarova et Igor Andreev. Les deux designers russes ont tissé l’univers Vereja comme un rempart à la morosité, un appel à la fantaisie infinie avec en son centre une pratique débridée de l’art textile.

 

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Style foutraque queer anti-grisaille

Pulls, châle, robes, jupes, combinaisons, manteaux, cagoules, rien n’arrête ces deux lutins moscovites ô combien talentueux quand il s’agit de réinventer le tricot de Mémé pour proposer une mode queer and punk, avec le plein de couleurs, des effets de reliefs et de volumes, des formes destructurées, des jeux de transparence … Provo totale dans un pays qui harcèle la communauté gay et les activistes de tout poil : très clairement, le tandem Komarova/Andreev n’en a rien à foutre et galope tête baissée dans un style foutraque qui efface les genres et crache sur la grisaille héritée du vieil esprit soviétique.

Une maîtrise poussée de la technique

Vereja est née de cette volonté d’ouvrir l’horizon et les consciences en explosant les codes sociaux dans la joie et la bonne humeur … sans jamais rien solder de l’originalité des créations ni de leur parfaite technicité. Tout adepte des travaux de dames saura reconnaître dans ces modèles uniques un geste sûr, une maîtrise poussée des points, un sens évident du matériau, de ses forces, de son potentiel. De ses pouvoirs sensoriels, de sa tacticité érotique … Idem sur les jeux de couleur, initiés pour captiver la rétine, de manière à la fois agressive et candide … ou les détails, la volonté de multiplier les erreurs volontaires comme des glitches chargés de symboles.

 

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Tricots surréalistes

Fils qui pendent par grappe comme des forêts de lianes, retouches grossières, coutures visibles, broderies malhabiles vs froufrous crochetées et motifs précieux de napperons anciens. Silhouettes déstructurées, difformes, effacement du visage sous des boursouflures de laine, patchworks contradictoires qui composent une harmonie étrange … une seule volonté : jouer, s’amuser, laisser libre court à l’imaginaire comme pouvaient le faire les surréalistes avec leurs cadavres exquis. Il n’y a qu’à observer Igor filmer ses pools de création de cagoule ; il s’abandonne à l’inspiration. Partant d’un échantillon, il brode au propre comme au figuré, enchaînant les points, changeant de fil, de couleur, de matière, pour obtenir au final une sculpture laineuse surprenante.

Le marché canin en ligne de mire ?

Qu’il teste alors sur lui-même … ou sur son chien. Avec le marché canin en ligne de mire ? Pourquoi pas, rien n’arrête ce binôme frappé par une douce frénésie créatrice et bien décidé à approfondir cette exploration du tricot intuitif et du crochet spontané qui fait sa particularité. La pandémie n’a rien arrangé ; enfermés, les deux complices ont surenchéri dans l’originalité et l’expérimental. Et comptent bien profiter du post-covid pour exploser leurs limites, étant déjà à l’oeuvre sur des collections débridées où il conviendra de repenser l’essence même de l’étrange. A suivre donc avec beaucoup d’attention, car Vereja n’a pas fini de nous étonner.

Et plus si affinités

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