The Canyons : vaniteux, radical et tortueux à la fois

A ma droite Paul Schrader scénariste attitré de Martin Scorcese, à l’origine de Taxi Driver, Raging , réalisateur par ailleurs heureux d’ American Gigolo, La Féline, Mishima … A ma gauche Bret Easton Ellis, sulfureux auteur d’ American Psycho, Glamorama, Moins que zéro, Les Lois de l’attraction … Au centre The Canyons, fruit de leur collaboration artistique, dont voici un aperçu :

Des salles de cinéma en ruine, des villas somptueuses, des restaurants branchés … une ville gigantesque qui isole, exacerbe et brise les egos dans une quête de gloire et de richesses illusoires. Le décor est planté magistralement par Schrader qui met en image le huis clos amoureux et pervers orchestré par un Bret Easton Ellis fidèle à son univers.

L’intrigue est glauque à souhait qui rythme le chassé croisé sentimental d’une jeune actrice et de ses amants, l’un producteur, richissime fils à papa qui va exercer sa perversité à détruire son rival, petit acteur en galère et amant de la belle. Gare aux dommages collatéraux, nous sommes dans le monde de Bret Easton Ellis, et ses héros ne sont guère commodes, car vaniteux, radicaux et tortueux à la fois.

The Canyons offre donc une enième plongée dans une jet set méprisable de vacuité et de débilité, où tout est faux hormis la cruauté. Etouffant est ici un euphémisme, dans ce microcosme qui autorise toutes les déviances, pire, les ignore complètement, laissant crimes et manipulations impunies, banalisées même. Amateurs du genre, vous ne serez pas déçus, la réalisation nerveuse de Schrader servant le propos mordant de Ellis dans une image sombre où les rayons du soleil californien éclairent à peine les traits contractés des visages. Une redite ? Un air de déjà vu ? Oui, … et non.

Ce projet aux accents dramaturgiques évidents, les deux auteurs l’ont appelé de leurs vœux, finançant le film avec l’appui de leur actrice principale, Lindsay Lohan. The Canyons leur tenait à cœur, affirmation d’autonomie rédactionnelle et d’indépendance artistique dans une industrie cinématographique qui met souvent laisse et collier à ses créatifs. Du coup petit budget qui oblige à penser l’espace, jouer la carte de l’enfermement, l’économie de moyens. Et oser. Ainsi en choisissant James Deen comme interprète principal. L’acteur porno sort remarquablement son épingle du jeu, jouant son rôle de psychopathe avec juste ce qu’il faut de névrose et de retenue pour être crédible. C’est l’une des cartes maîtresses de ce film, coup d’essai prometteur, annonciateur, espérons-le, de collaborations plus approfondies encore.

 

Et plus si affinités

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