Los Angeles Nostalgie : Ry Cooder conte l’éternel californien

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Ry Cooder : ce nom ne vous dit peut-être rien, mais sa musique, elle, vous a forcément touchés. Ne serait-ce que le morceau qu’il a composé pour la bande originale de Paris Texas. Ces accords de guitare, doux, simples et vibrants, sonnent pour jamais et toujours dans nos mémoires, alors que les étendues désertiques américaines déroulent leur immense solitude sous nos yeux. On connaît le soin que Wenders met à choisir les mélodies qui soulignent ses films. Ry Cooder n’avait rien d’un hasard ou d’un coup de cœur, et le succès de Paris Texas doit autant à la force de l’histoire, à la beauté des images qu’à la richesse de cette mélodie créée à l’occasion. Signe de la richesse intellectuelle d’un musicien habité, porteur de cette mélancolie tranquille et bourlingueuse propre à Kerouac et aux vagabondages qui traversent ce pays indifférent et voué aux errances.

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Un monde dur, décrépi … et solidaire ?

Blues, country, musique latino, gospel, Ry Cooder se situe au carrefour d’influences multiples qui vivifient sa musique … et son écriture. Son premier recueil de nouvelles met en scène ces sonorités et ceux qui les réchauffent en leur sein : musiciens passionnés, amateurs ou professionnels, courant le cachet de rades en rencontres improbables, Los Angeles Nostalgie nous plonge dans les bouges de la cité des anges à l’heure du Dahlia Noir et des flics véreux. Une mégapole peu glorieuse, aussi violente et glauque que celle dépeinte par James Ellroy ou Bret Easton Ellis, où il est dur de survivre, où s’accomplir et réussir est chose ardue. On y vit d’expédients, de petits boulots, dans une précarité devenue mode de vie par la force des choses. Nostalgie de ces années perdues, dans un monde décrépi et sale, où néanmoins on se serre les coudes entre minorités, une bière à la main dans la chaleur d’un soleil crépusculaire qui amène l’inconnu du lendemain.

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Des loosers du quotidien

Les nouvelles de Cooder racontent la vie de ces loosers du quotidien, qui tentent de réussir comme ils peuvent : un job stable, une maison à soi, un barbecue, la certitude de trois repas journaliers, la fin de l’errance et la musique comme compagne d’une route dont on ne veut plus, fil directeur discret mais puissant, incassable de la première à la dernière ligne, raccordant les chapitres de cette étrange chronique semblable à l’écriture du Short cuts de Robert Altman, tandis que la voix de Johnny Lee Hooker résonne sur certains passages comme une complainte fataliste. En quelques trois cents pages, c’est ce fatalisme désabusé que Cooder expose dans une galerie de portraits ponctués par une violence latente et banalisée dans ce Far West poussiéreux et faussement moderne, où les hommes s’entre dévorent, à coup de répliques argotiques rocailleuses et dures. Ici point de douceur, tout peut basculer à la moindre seconde. Dans le bien ou le mal. La nostalgie se situe entre ces deux pôles, dans cette ville en perpétuelle décomposition.

 

Et plus si affinités

N’hésitez pas à parcourir le livre Los Angeles Nostalgie.