Merveilleuses – Catherine Hermary-Vieille : roman de femmes, femmes d’Histoire

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Le livre se lit comme un roman, mais c’est d’Histoire qu’il parle. Comme à son habitude, l’auteure Catherine Hermary Vieille consacre Merveilleuses à des parcours de femmes, mais son écriture dissèque l’époque que ces dames contribuent à engendrer et enrichir.

Ici il s’agit de la période interlope qui se déroule entre la Révolution et le Directoire en passant par la Terreur. Prise de la Bastille, élans patriotiques des débuts, épurations sanglantes, déchéance de Robespierre, affrontements pour le pouvoir, nous vivons les spasmes de ce temps par les yeux des Merveilleuses, un groupe d’amies qui très vite feront la pluie et le beau temps dans le paysage politique.

Les charmants visages de Joséphine de Beauharnais et Thérésia Cabarrus s’imposent à la tête de ce cénacle adorable et futile, échappant à la guillotine pour s’étourdir de plaisirs, dilapider l’argent à foison, dicter une mode provocatrice, libres qu’elles sont de mœurs et d’esprit, et poser le socle de ce qui fera le Premier Empire. En suivant leur évolution pas à pas au cœur du sérail politique, dont chacune à sa façon tire les ficelles, nous découvrons cette décennie 1789 – 1799 si riche de péripéties, de revers brutaux, de changements brusques.

Méconnues, ces années sont pourtant essentielles dans la gestation de la France du XIXème siècle. Transition incontournable, nous en découvrons dans ces pages magnifiquement rédigées les complexités, les arcanes, les complots et les manipulations, tandis que les belles merveilleuses en reçoivent les gloires montantes, Talleyrand, Fouchet, et un petit général corse nommé Bonaparte, qu’elles vont pousser sur le chemin de la Gloire avant qu’il ne les en écarte.

De cette plume qu’elle sait rendre légère sans que jamais elle ne devienne futile, Catherine Hermary Vieille dépeint une société en mutation, qui reprend son souffle au milieu des décombres et des morts. Ses mœurs, ses fêtes, sa folie, on y perçoit les vanités d’un pouvoir trop vite acquis qu’on dilapide dans les appétits les plus vils. Tandis que l’ensemble de la population souffre de la faim et du froid, les Merveilleuses battent la mesure de cette valse de plaisirs effrénés, où les idées conservatrices renaissent, fertiles et enracinées alors qu’on les pensait éradiquées.

A parcourir, l’ouvrage évoque d’autres temps tout aussi instables, et l’on y trouve de nombreuses similitudes avec les secousses de ce début de XXIème siècle. Une récurrence à méditer, qui oppose le souci de perfection et d’absolue justice avec l’appétit féroce des ambitions personnelles.

 

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