Les Mariés de l’an II : une comédie inoubliable sur le divorce, l’amour et la Révolution

affiche du film Les Mariés de l'an II

Quand tout va mal autour de soi, que l’actualité nous plombe la tête, un seul remède : regarder Bebel virevolter sur un écran. Et quand c’est dans Les Mariés de l’an II, c’est encore mieux ! Car ce film signé Jean-Paul Rappeneau a tout pour lui, et pas seulement son sens de l’humour et de l’aventure !

Quand Nicolas veut divorcer de Charlotte

Un petit pitch ? Nous sommes à la fin du XVIIIeme siècle, en pleine Révolution française pour suivre les péripéties de Nicolas Filibert. Orphelin trouvé dans une rue de Nantes par un marchand de vin nommé Gosselin, le petit Nicolas a grandi aux côtés de Charlotte Gosselin ; devenus adultes, ils se sont mariés. Seulement voilà, Charlotte, obsédée par la prédiction d’une bohémienne qui lui avait promis un avenir de princesse, n’en a que pour les beaux aristocrates de la région, avec qui elle cocufie son époux. Nicolas défie ainsi un baron un peu trop amoureux en duel… et le tue. Seule solution pour éviter la potence : l’exil express vers les Amériques où ce débrouillard en diable s’impose auprès d’un armateur très riche, prêt à lui donner sa fille en mariage.

Problème : Nicolas est déjà marié et ses rivaux n’hésitent pas à dévoiler en pleine cérémonie, ce qui nous vaut une séquence de bagarre généralisée à se tordre de rire. Seule option pour Nicolas s’il veut épouser son héritière : repartir en France afin de divorcer. Eh oui, parmi les nombreuses réformes instituées par la toute jeune République Française, le divorce a un grand succès. Encore faut-il remettre la main sur Charlotte, qui s’est entiché du marquis de Guérande, leader du parti royaliste vendéen, tout en composant avec les autorités révolutionnaires qui guillotinent à tour de bras. Question : Nicolas va-t-il retrouver sa Charlotte ? Surtout va-t-il réussir à divorcer de cette emmerdeuse qu’il n’a finalement jamais cessé d’aimer ?

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Moments d’anthologie

À partir de cette situation surprenante par son contexte historique (mais c’est justement ce contraste qui fait toute la saveur de la comédie), Jean-Paul Rappeneau déroule un scénario complètement dingue, mené bille en tête par un Jean-Paul Belmondo au mieux de sa forme, qui pose un héros d’une rare énergie, inventif, audacieux et pétulant. Pour lui donner la réplique, Marlène Jobert, parfaite en chichiteuse dont tous les hommes s’amourachent : leurs prises de bec de vieux ados qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre, sont un vrai régal. On appréciera par ailleurs Julien Guiomar en général révolutionnaire extrêmiste, Sami Frey en fringuant royaliste, Michel Auclair en prince élégant et transi d’amour, Laura Antonelli en pasionaria vendéenne.

Et quelques petits moments d’anthologie : Pierre Brasseur dans le rôle de Gosselin (sa voix éraillée, sa manière de poser les mots, son allure), Sim en faux sourd, Patrick Préjean courant dans la campagne, épée à la main, en hurlant « Tayaut », Mario David et sa liqueur de « Marie-Jeanne », Charles Denner en adepte de Jean-Jacques Rousseau, épris de liberté et de justice, dont le discours enthousiaste est accueilli à coups de canon. De grands acteurs pour des seconds rôles fort en gueule, le tout sur la musique remarquable de Michel Legrand, dans des paysages de toute beauté. Bref une histoire d’amour totalement folle dans une période redoutable. Et c’est là, le petit plus du film. Derrière la comédie du couple, Rappeneau met en évidence la folie d’une époque où la France s’est déchirée avec une violence indicible.

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Une approche à la fois drôle et pertinente

Dans ce foutoir généralisé qu’est l’an II de la République, où on guillotine sans discernement, où les incapables devenus hommes de pouvoir agissent en petits tyrans, où le peuple crève de faim et de peur, où le pays est menacé par les puissances étrangères, Nicolas Filibert sous les traits de Bebel, constitue le parfait trublion qui renvoie dos à dos les démences et les extrêmes. Il annonce le monde qui vient, celui de Napoléon et de l’Empire, des grands militaires et des capitaines d’industrie, des hommes qui osent, bosseurs, impliqués, modernes. Une métamorphose des temps et des esprits que le réalisateur a très bien captée et restituée, sans jugement aucun, au travers de ce personnage haut en couleur appelé à une grande destinée par son seul mérite.

De fait, Les Mariés de l’an II, met en évidence, via sa trame et ses personnages, les convulsions de cette époque, avec une approche à la fois drôle et pertinente, pas forcément fidèle à l’Histoire, mais suffisamment agencée pour qu’on comprenne l’esprit qui régnait alors en France et notamment en province. C’est aussi l’avantage du film que de se dérouler à Nantes et non à Paris, cœur du processus révolutionnaire. Astucieux, vivifiants, le scénario et sa mise en scène ont beau dater de 1971, ils n’ont pas pris une ride, au contraire : la cadence du récit, le travail des répliques, le travail de cadrage et de montage, les séquences de combat, tout concourt à façonner un film à rebondissements à la fois cartoonesque et romantique. Un OVNI en quelque sorte comme on en fait plus et c’est bien dommage.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner le film Les Mariés de l’an II en VoD ou en DVD.