Les Rois Maudits : GOT aux grandes heures de l’ORTF

Hep les gars d’HBO, mollo ! Doucement les basses ! Redescendez un peu avec Game of Thrones ! Ok, vous tenez là un succès planétaire, mais au finish, vous n’avez pas la primeur avec votre barnum médiatique ! Même l’auteur de la saga, Georges R. Martin, le dit : sa source principale, c’est la saga romanesque de l’académicien Druon, Les Rois Maudits. 6 tomes bien sentis qui nous racontent comment les Capétiens se sont entre-tués pour prendre le pouvoir, régner sur la France, et, cerise sur le gâteau, la faire sombrer dans la guerre de 100 ans.

Une histoire de rivalités, de passions, de meurtres et d’amour, où on s’éventre et s’empoisonne dans la joie, la bonne humeur, sans aucun scrupule mais avec une inventivité infinie. Une histoire que Claude Barma adaptera en 1972 pour la petite lucarne encore sous pavillon ORTF à cette époque. Le réalisateur ignore alors qu’il porte sur les fonds baptismaux cathodiques LA première grande série télévisée à succès de France, avec costumes d’époque, bijoux, aumônières (ah les funestes aumônières qui enclenchent tout ce bordel !), dragées létales, mouchoirs assassins, armures rutilantes, oriflammes, mobilier gothique et tapisseries avec ou sans licornes, afin de restituer ce Moyen Age aussi fleuri que destructeur.

Et devant la caméra l’ensemble de la très prestigieuse Comédie Française au garde à vous et en grande forme pour immortaliser la déchéance des enfants de Philippe le Bel, tellement freak control qu’il préférera bousiller les Templiers plutôt que de risquer leur rivalité, ce qui frappera son clan de malédiction avec l’issue fatale qu’on connaît. Au centre de cette fresque épique, Robert d’Artois, à l’âme aussi rouge que son habit, joué par un Jean Piat irrésistible, un véritable démon qui manipule à tout va pour récupérer sa terre, son héritage. Face à lui, Mahaut sa tante, excellente Hélène Duc, intrigante prompte à user du poison, et ses filles, princesses de France qui se vautreront dans la débauche à l’ombre de la Tour de Nesle, y laissant leurs couronnes et leurs vies. Puis les fils du roi, dont un seul a les capacités réelles de régner, les deux autres étant trop instables pour faire de bons souverains. Autour d’eux … une galerie d’autres personnages attachants ou insupportables qui chacun vont participer à la chute, ou tenter vainement de la retarder.

On retiendra notamment Tolomei, le sage et rusé banquier lombard, témoin d’une déchéance qu’il finance au besoin (Louis Seigner, son regard brillant de malice, son incroyable présence protectrice, sa voix si particulière), son charmant et ingénieux neveu Gussio (lumineux Jean-Luc Moreau) la froide Isabelle, mariée avec un roi qui la méprise, lui préférant ses gitons, froide, frustrée, malheureuse et fatale (une Geneviève Casile irradiant de beauté glaciale), le cardinal Jean Duèze, futur pape qui conquiert sa tiare avec un sens du spectaculaire consommé (Henri Virlojeux, tout simplement gigantesque) … comment les citer tous ? Sachez seulement que chacun vous énervera et vous séduira : impossible de les juger, on s’y attache simplement … Et c’est là le tour de force accompli par cette équipe exigeante et passionnée.

Nous sommes aux premières heures de la télévision française, quand les programmes avaient encore une véritable vocation culturelle, un souci de qualité d’où la mobilisation de la Grande Maison de Molière, une adaptation sidérante de modernité, un travail de cadrages et de photographie particulièrement soigné, voire des effets spéciaux avec hémoglobine et maquillage lors des séquences d’assassinat et de tortures. Pour l’époque, c’est énorme … mais c’est l’interprétation, la diction, le geste, l’attitude des comédiens qui fait l’épaisseur, la saveur de la saga. Ils nous rendent très vite accros, impatients de savoir ce qui va advenir de chacun dans ce tourbillon impitoyable de l’Histoire. Et le générique de s’imprimer dans les mémoires comme une des premières bandes son d’anthologie, aussi majestueux que le casting et le sujet traité. A l’époque, pas de réseaux sociaux, ni de stratégie cross média et pourtant Les Rois Maudits est passé à la postérité, au point d’inspirer l’auteur GOT qui s’en réclame humblement, entre admiration et émerveillement. Une leçon.

Et plus si affinités

https://www.ina.fr/emissions/les-rois-maudits/

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