La Course à l’abîme : Caravage … intus et in cute

caravage

Tandis que Les Bas-fonds du baroque déroulent leur scénographie majestueuse dans les salles du Petit Palais, le musée Jacquemart-André accueille de Giotto à Caravage. Décidément ce deuxième trimestre2015 met la peinture italienne du XVIIeme siècle à l’honneur dans ce qu’elle a de plus réaliste, de plus ancré au monde. Pègre, quartiers populaires, prostitution, les peintres de cette époque suivent le sillon creusé par le très inspiré Caravage. Le peintre est d’autant plus fascinant qu’on en sait peu sur lui. Une odeur de souffre se dégage néanmoins d’un parcours incertain mais auréolé des palmes de la rébellion. Cette révolte vécue comme source esthétique, nous en avions eu un aperçu percutant avec la pièce Moi Caravage.

Mais rien de mieux pour cerner les univers évoqués dans les deux expositions que la somptueuse biographie romancée de Dominique Fernandez, éditée en 2003 chez Grasset. La Course à l’abîme retrace à la première personne la vie tumultueuse du peintre le moins indiscipliné et le plus talentueux de son temps. D’une plume alerte et précieuse, sans jamais de redondance, toujours avec passion, Fernandez nous entraîne par la voix de son personnage revenu d’entre les morts dans une Italie baroque dont il perçoit toutes les nuances, retrace toutes les ambiguïtés, les beautés.

C’est bonheur intense que de parcourir ces phrases ciselées, composées et équilibrées comme Caravage le faisait de ses tableaux. De souvenirs en confidences, nous pénétrons les cloaques romains où pullule la misère et la vie. S’y oppose la richesse orgueilleuse des princes de l’Église, qui scrutent avec admiration et sévérité les œuvres ô combien sensuelles du peintre. Homosexuel, mauvais garçon, bretteur redoutable, Caravage, comme aimanté par l’autodestruction, prend un malin plaisir à fusiller toute chance de reconnaissance qui en ferait un courtisan servile et vidé de son art.

Rebelle donc, libertaire, orgiaque et dionysien, … Le récit captivant de Fernandez place à chaque étape de cette existence une œuvre phare, dont le narrateur explicite la magie. On ne peut s’empêche d’ouvrir une monographie pour observer les tableaux ainsi décrits, les évaluer, les scruter, les sentir. Il conviendrait presque d’emmener l’ouvrage dans chaque exposition pour en lire des passages choisis à voix haute, pour faire le lien entre le récit et l’image. Car c’est l’essence même de cette époque qui respire à chaque paragraphe.

Et plus si affinités

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