Trouvaille musique : Namoro

pochette de l'album cassia popée de namoro

Et si nous parlions aujourd’hui du cas Namoro et de son premier album Cassia Popée ?

« Ce premier album s’appelle Cassia Popée, il porte son nom car il est grandement inspiré des écrits de Monique Wittig qui ouvrit la voix à la réappropriation des figures mythiques et mythologiques. Monique Wittig a par exemple réécrit le mythe d’Orphée qui tente d’arracher son épouse défunte des Enfers. Chez Wittig, Orphée devient Orphéa, et elle sauvera Eurydice des Enfers là où Orphée aura échoué ».

Namoro la bicéphale

Direct le ton est donné. Namoro la bicéphale cite comme référence l’une des papesses du féminisme et du lesbianisme … puis plonge tête baissée dans la Genèse des mondes et des civilisations, histoire d’ exhumer la grande déesse endormie qu’est la Vie avec tous ses visages les plus contrastés : l’amour, la séduction, la création, la destruction, la résilience, la résurrection. Avec comme fil d’Ariane, une poésie puisant au cœur du surréalisme, des volutes verbales rimbaldiennes, Apollinaire transformée en femme au fond de sa tranchée, après avoir rêvé Lou comme seul espoir sous une pluie de bombes.

Et autour de ce fil d’Ariane doré qui fuit les Minotaures de l’ennui et de l’intolérance, l’autre fil, cardiaque et cathartique, de cadences électroniques pulsées par les mains d’énergiques Parques. A moins que Pénélope la fidèle soit passée par là, détricotant l’amplitude des rythmes afin d’y dissimuler quelques glitches malicieux, élégances frustrées à l’heure du grand enfermement. « C’est une bûche qui brûle au fond de nos yeux » : bûche de passion, foyer d’amour, déclaration enflammée que Bili Bellegarde et Mascare accrochent à l’oreille d’un auditeur charmé par ces modernes sirènes.

Duo tératologico-démiurgique

Des sirènes venues du cabaret, du théâtre et de la poésie pour constituer l’envoûtante Namoro, duo tératologico-démiurgique qui s’infiltre dans les esprits avec plusieurs pieds de biche à la main :

    • verve, sens du mot, de la tournure, de la sonorité, figures de style flamboyantes ;
    • voix sinueuses ou métalliques, qui s’amusent des paroles et des harmonies, entre comptine de petite fille et spoken word à la Lydia Lunch ;
    • sincérité, vibration, intensité, authenticité dans la volonté de repousser les limites du rêve.

Onirique, Namoro alterne sourire de la madone, grimace de la sorcière, cri de l’amazone, gémissement de la nymphe jouissante, pleur de la déesse abandonnée. Et s’offre d’incessants loopings sur nos désirs enfouis, nos fantasmes secrets déployés sans pitié et avec allégresse. Les grands écarts, Namoro adore, pour preuve « Les Guérillères » et « En forme de diamant » qui se succèdent sur l’album épiphanique Cassia Popée, histoire d’alterner l’intransigeance des luttes féministes et la soumission délectable du plaisir shibari. Tous les combattants ont droit au repos.

Le Verbe … et le plaisir qu’il engendre

Cocorosie ? Mansfield Tya ? Wendy Delorme ? Ou tout simplement un nouvel ovni sans véritables attaches, en route vers un panthéon musical transgressif dont on désespérait qu’il reprenne souffle un jour . Pour sûr, Namoro se rit de la lobotomie quotidienne siphonnant jusqu’à l’os une créativité livide qu’on voudrait faire passer pour de la provo mainstream sous dialyse Instagram. Une seule écoute de « Hyène sœur de louve » devrait vous éclairer sur le pouvoir thaumaturgique d’un duo en prise directe avec Sapho, Brigitte Fontaine, Jean Guidoni, Hubert-Félix Thiefaine.

Une chose est sûre, Namoro déboule à point nommé dans un paysage culturel consternant de platitude, soumis à la bienséance du social media, vidé de son sens initial par des années d’obéissance à l’ordre établi, dépecé jour après jour par la pandémie. But de la mission : rappeler qu’à l’origine de la Vie, il y a le Verbe … et le plaisir qu’il engendre. Rien, personne, aucun algorithme, aucune IA, aucun directeur de label, ministre de la culture, homme politique, professeur d’université, spin doctor et autre claironnant spécialiste ne pourra effacer cette merveilleuse évidence, encore moins l’empêcher d’essaimer dans les esprits … ce qui pourrait bien sauver notre âme à tous.

Et plus si affinités

https://namoromusic.com/