Folle Amanda : portrait d’un femme rayonnante… et d’une victime consentante ?

photo extraite de la pièce Folle Amanda avec Jacqueline Maillan et Daniel Ceccaldi

Créée en 1971 au Théâtre des Bouffes-Parisiens, la comédie de Barillet et Grédy fait partie des grands succès de Jacqueline Maillan et de l’émission « Au Théâtre ce soir ». Initialement mis en scène par un Jacques Charon au mieux de sa forme, Folle Amanda s’inscrit dans les classiques du théâtre de boulevard en donnant à voir un personnage féminin extravagant au quotidien, mais éperdu d’amour au-delà du raisonnable. Et c’est ce qui fait l’actualité incroyable de cette histoire, sa dureté également.

De femme à maîtresse

Folle Amanda donc : une ancienne gloire du music-hall français, ruinée, oubliée de tous, néanmoins toujours pleine de vie et d’humour, dans son studio parisien perdu sous les toits. Comment expliquer cette éclipse, quand d’autres vedettes ont su se maintenir sur le devant de la scène et dans le cœur du public ? Amanda a toujours été dépensière, elle a collectionné les coups de tête, les excentricités et les amants. Un notamment, Philippe Morange, qu’elle a aimé, épousé… et qui l’a quittée pour un parti plus riche et plus en vue afin d’entamer une brillante carrière politique.

Le fringant Morange, qui oublie de payer les pensions de son ex-femme, qui l’ignore jusqu’au jour où Amanda décide de faire publier ses mémoires, où ce monsieur occupe une place privilégiée assez gênante pour ce ministre en vue, si proche de la fonction présidentielle. Alors Morange revient dans la vie d’Amanda, la séduit de nouveau, pour qu’elle ne publie plus cette autobiographie si gênante, pour récupérer des photos compromettantes prouvant ses liens initiaux avec la pègre… De femme, elle devient maîtresse, sans pour autant qu’il l’entretienne financièrement.

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Illusoires instants de bonheur

Et c’est là que le propos devient dérangeant : si la pièce est absolument savoureuse dans l’enchaînement des événements, les rebondissements, les gags, elle donne à voir une héroïne qui va tout accepter de cet homme qu’elle aime toujours profondément, alors qu’il la manipule sans vergogne. Nous la voyons tout démolir pour lui, y compris son come-back sur scène, afin de vivre quelques rares et illusoires instants de bonheur avec ce type imprévisible, capricieux, égocentrique, pingre, indélicat, infidèle, un médiocre qui vampirise Amanda la rayonnante.

Quitte à la conduire au bord du suicide ? Heureusement, Amanda rebondira, mais pour combien de temps, avec un Morange accroché à ses jupes ? « Cet homme vous tyrannise », déclare un de ses proches. Certes, elle le sait, elle accepte, même quand ses plus fidèles amis la quittent, excédés de la voir céder. Bref, si vous voulez comprendre fonctionne un pervers narcissique, vous regardez cette pièce, et vous allez tout comprendre. Barillet et Grédy, avec la finesse qu’on leur connaît, sentent déjà les mécaniques de ce type de profil, à une époque où on en ignorait l’existence même.

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D’Amanda à Potiche

Amanda, qualifiée de folle dans le titre, reflète une autre vision, critique, des victimes de ce genre d’individu. Proie considérée comme consentante, servile, presque masochiste. C’est donc bien fait si elle en est là et sa sœur ne manque guère de le lui rappeler, faisant écho à la petite voix acide qui résonne dans l’esprit de chaque spectateur. En d’autres termes, Amanda n’a que ce qu’elle mérite. Mais a-t-elle vraiment le choix, empêtrée qu’elle est dans cette relation toxique comme dans sa misère, sa dépendance financière ? On aimerait savoir si un jour, elle va enfin dire non.

Elle en a le potentiel, mais quelle étincelle lui fera inverser le processus ? Cela aurait mérité un « Folle Amanda 2 », qui porte d’ailleurs le nom de Potiche, écrit toujours par Barillet et Gredy au début des années 80, soit une décennie plus tard. Là aussi, une femme rayonnante, mariée à un industriel odieux, cantonnée à son rôle de mère et de maîtresse de maison, et qui va profiter de la maladie de son époux pour prendre en main avec un succès éclatant la destinée de la famille, de l’usine, de la santé économique de la région… avec à la clé une carrière politique prometteuse. Bref la revanche d’Amanda.

Et plus si affinités

N’hésitez pas à visionner la captation de la mise en scène de la pièce Folle Amanda par Jacques Charon avec Jacqueline Maillan en vidéo ou en DVD.