Théâtre de l’Unité / Macbeth en forêt : les bois de Birnam ont marché sur Dunsinane

Macbeth : la pièce maudite par excellence, dont les interprètes refusent de prononcer le nom de peur que le sort soudain s’acharne. Avec pareille réputation, autant vous dire que les représentations de la tragédie de Shakespeare sont placées sous contrôle, car irrémédiablement destinées à déraper à un moment ou à un autre.

Normal, me direz-vous pour une pièce qui explore l’homme repoussant ses limites au-delà de l’acceptable, quitte à convoquer les puissances infernales pour y parvenir, quitte à y laisser son âme au passage. Car c’est bien de dérapage dont Shakespeare a parlé dans ses vers, celui d’un guerrier, d’un couple, d’un royaume. Et ce dérapage de revenir inlassablement gangrener les mises en scène au fil du temps. Ainsi L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux, adaptation que nous chroniquions en février et qui prenait la succession de nombre d’autres spectacles auparavant avec des topos comme la conquête politique, le sang, la régression, la guerre, le cadavre profané, la violence, le meurtre.

Aussi lorsque nous avons eu vent du travail accompli par Jacques Livchine avec le Théâtre de l’Unité dans le cadre du festival GREEN DAYS organisé par MA Scène nationale du Pays de Montbéliard, nous avons littéralement sauté dessus et pour cause : bravant les interdits pesant sur la tragédie, bien décidé à en cerner les mystères, le metteur en scène a parachuté l’action … dans une forêt. La nuit. Sous la pluie. Retravaillée, adaptée et métamorphosée en une série de tableaux positionnés en plusieurs sites de la forêt, l’œuvre de Shakespeare renoue ainsi avec cet univers sauvage, incontrôlable, menaçant, patrie des fantômes, des démons et des monstres, lieu de meurtres et de transformations, de maléfices et d’apparitions … l’espace surnaturel par excellence, réceptacle des peurs ancestrales, des fautes inavouées.

Et les acteurs d’évoluer dans ces ombres, ces ténèbres, entre ces arbres qui cacheront l’armée qui vaincra le tyrannique Macbeth à la fin de la pièce … quand la forêt de Birnam marchera sur Dunsinane … un génie sorti du chaudron des sorcières, enfant caché derrière une branche, l’annonce au héros, sa course s’arrêtera quand la forêt bougera … Et la forêt de bouger, tandis que les spectateurs se déplacent d’une scène à l’autre, dans la boue et le froid occasionnés par les conditions climatiques particulièrement rudes que nous avons dernièrement subies. Petite anecdote pour juger de la portée de la chose : en pleine répétition, la troupe a vu débarquer les  gendarmes. Angoissés par les cris provenant de la sombre masse végétale, des habitants d’un hameau voisin avaient alerté la marée chaussée qu’on était en train de tuer quelqu’un ! Shakespeare aurait adoré.

Nous aussi. D’où cet interview de Jacques Livchine, qui a bien voulu nous expliquer le pourquoi du comment de cette rencontre avec le Barde. Et l’interview de progressivement se transformer en analyse de la pièce, de son actualité, de son universalité, de son humanité. A écouter avec attention, et méfiez-vous, la passion de Mr Livchine est contagieuse. Profitez-en et attrapez ce virus !

Jouer Macbeth en forêt, Shakespeare n’y a peut-être pas pensé mais Jacques Livchine l’a fait by Delfromtheartchemists on Mixcloud

Merci mille fois à Jacques Livchine pour son temps, ses explications.

Et à Cédric qui a permis cette rencontre.

Et plus si affinités

http://www.theatredelunite.com/

http://1213.mascenenationale.com/temps-fort/green-days

DATES DE TOURNEE MACBETH:

Mulhouse  scènes de rue : 18, 19, 20 juillet 2013
Wolfenskirchen , la Sarre à contes : 26 et 27 juillet 2013
Lons le Saunier , scènes du Jura :  16 , 17, 18 octobre 2013
Seyssinnet Pariset : (38) : 5 avril 2014
Gradignan (33) : 1, 2, 3 mai  2014
Oloron Ste Marie  (64) :  6 et 7 mai 2014