Concert / The Sonics au Trabendo : “Baby, you’re driving me crazy !!!”

Tous les amateurs l’auront reconnu. Le vers initial de “Psycho” est identifiable entre mille, et difficile de le lire sans avoir en tête le hurlement strident qui l’accompagne lorsque Jerry Roslie, lead vocals et pianiste de The Sonics, entame ce chant de guerre amoureuse :

Baby, you’re driving my crazy
I’m going out of my head
Now i wish i was dead
Psycho!!

 

En vrai ça donne ça :

 Chiadé, non ? C’était à la Cigale en 2011, mais on a eu la même en pire au Trabendo ce 22 novembre. Parce que comme l’annonce si bien le texte de ce morceau de gloire, impossible de rester stoïque avec cette musique de possédé. Et pour avoir été installée au pied de la scène pendant tout le set, j’en témoigne : dés les premières mesures balancées par le quintet, c’est une frénétique danse de Saint Guy qui s’empare de toute l’audience, pour ne lui rendre la lucidité qu’une heure et demi plus tard, avec bleus, courbatures et extinction de voix en prime.

Les Braqueurs

Oui ! Le combo de Tacoma – Washington sait y faire pour secouer un public de très fidèles adorateurs (les autres aussi, personne n’échappe à l’envoutement), et si les balances furent des plus studieuses et calmes en mode préparation de kermesse, les 5 x 70 ans de ces messieurs disparurent comme par enchantement quand ils attaquèrent la toute première note de leur concert, devant un public déjà bien chauffé par la première partie des Braqueurs et la prestation de leurs jolies danseuses/twisteuses.

Cathartique, libératoire, exutoire, … « Psycho », « Strychnine », « The Witch », « Louie Louie », « Have love, will travel » pour ne citer que les chansons les plus célèbres et les plus reprises par d’autres pontes comme Iggy Pop, les Cramps ou les Fuzztones. On comprend mieux en voyant The Sonics investir la scène pourquoi ces cinq vénérables monuments ont posé les bases d’un style éternel : le garage rock. En trois ans et trois albums commis comme un hold up en 1965/66/67, ces gars vont changer la face du rock et implanter l’embryon qui deviendra 10 ans plus tard le punk.

 The Sonics

L’Amérique est alors en pleine révolution entre guerre du Vietnam, assassinat de Kennedy, crise beatnick, revendication des droits de Noirs, libération progressive des mœurs. On surfe, on fume, on boit, on s’envoie en l’air, on transgresse les interdits d’une société figée et bien pensante, histoire de neutraliser les trouilles latentes. Le répertoire de The Sonics s’en ressent, et active les énergies de vie avec une puissance rare.

Et qui demeure. Car tandis qu’Héloïse et moi nous agitons comme des folles ainsi au milieu d’une foule toutes générations confondues (de 20 à 60 ans) au son du saxo magique de Rob Lind, j’observe Ricky Lynn Johnson le batteur rajeunir à chaque coup de cymbale rageur asséné comme un pied de nez au destin. Gaillard et heureux à l’image de ses petits camarades en rock attitude. Goguenards, ils quitteront la scène, remerciant le public parisien pour son accueil enthousiaste, au milieu de nos cris hystériques de bacchantes et de striges.

The Sonics

Il faudra quelques profondes respirations pour redescendre de cette chevauchée fantastique. Nous repartons, contentes, avec dans les tympans les accents inimitables de la guitare de Larry Parypa, et le sentiment d’avoir respiré l’esprit même de ce mystère qu’est le rock’n roll.

 

Merci à Héloïse pour ses photos, merci également au manager et à The Sonics.

 

Et plus si affinités

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