L’Ecole du pouvoir : abnégation ou ambition ?

photographies du téléfilm L'école du pouvoir

Rappelez-vous Vie de maire, websérie soulignant avec force admiration l’implication passionnée doublée d’abnégation désintéressée de nos élus de proximité. A l’autre bout du tunnel et au revers de la médaille, L’Ecole du pouvoir nous conduit dans le saint des saints administratif pour nous asséner en pleine face la réalité d’une puissance politique à multiples visages, pas forcément des plus agréables.

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La très célèbre « promotion Voltaire »

C’est que les deux épisodes de la série signée Raoul Peck nous plongent direct dans le sillage pour le moins remuant de cinq élèves de l’ENA. De droite, de gauche, d’origine noble ou ouvrière, ils intègrent la célèbre institution en 1977 pour en sortir lors de l’élection de François Mitterrand à la présidence. Normal : ces énarques font partie de la très célèbre « promotion Voltaire » qui a porté Ségolène Royal, François Hollande, Dominique de Villepin et consort au faîte des honneurs et des emmerdements.

Car gérer l’État n’est pas chose facile, encore moins quand on assiste à un pareil changement de tendance. Nos cinq novices vont l’apprendre à leurs dépends, laissant en cours de route et au fond de fossés bien boueux leurs illusions politiques, dans cette France qui aimerait tant progresser mais qu’une classe dominante verrouille dans ses corruptions, ses clivages et son esprit poussiéreux. Du concours d’entrée, difficile et dérangeant, à celui de sortie qui trace les carrières, le service d’autrui laisse place aux ambitions personnelles, ou fait surgir les vocations et le refus dénonciateur d’un système discriminatoire et conservateur.

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Une leçon de politique

De ce point de vue, L’Ecole du Pouvoir complète de manière harmonieuse La Crème de la crème dédié à l’univers des hautes écoles de commerce mais sans tomber dans les excès caricaturaux du film de Kim Chapirot. On y retrouve la ferveur vite déçue du film Des lendemains qui chantent de Nicolas Castro, constatant au passage que les années Mitterrand sont en train de tourner historiques, tout en constituant une leçon de gestion politique particulièrement amère qui évoque en écho Le Prince de Machiavel. Mais que retenir au bout du compte de la lente évolution de ces cinq candidats aux charges les plus prestigieuses et aux compromissions les plus dégradantes ?

Les moments intenses ne manquent guère dans cette fresque trépidante, ponctuée par des retrouvailles constantes autour d’un verre, d’un apéritif, d’une table, histoire de voir les protagonistes évoluer dans leurs engagements, leurs valeurs, leurs relations aussi qui n’en sortent pas indemnes. Joies, victoires, deuils, confrontations, pressions familiales, poids des appartenances constituent la toile de fond discrète d’un titanesque combat opposant forces de progrès et désirs de ne rien changer. Prenant, le récit de Peck, servi par des acteurs brillants jusque dans leurs fragilités, met en avant le choc entre idéaux et réalités, promesses et réalisations.

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Les dernières images, intimes, complices et lumineuses, après ce long panorama des pires compromis, portent la morale de cette fable triste : au bout du compte où se situe le vrai pouvoir ? Dans les ors d’institutions sclérosées par une bureaucratie complaisante de ses multiples concessions ? Ou entre les mains des citoyens qui sont la base même de la Nation, sa véritable richesse, son moteur, ses acteurs principaux ?

Et plus si affinités
Vous pouvez visionner L’Ecole du pouvoir sur ARTE.