Série « Molière pour rire et pour pleurer » : la légende de J.B. Poquelin en 6 étapes cruciales

série Molière pour rire et pour pleurer

Depuis sa mort, sur scène ou presque, le 17 février 1673, Molière n’en finit plus d’inspirer biographes et réalisateurs. C’est qu’il eut une vie hors du commun, préférant l’incertitude d’une carrière théâtrale plutôt que le confort honorable de tapissier du roi : un choix passionnel mais judicieux qui le propulsa au rang d’auteur universel, après bien des difficultés. Ce sont ces difficultés matinées de quelques joies cependant que nous raconte la série télévisée Molière pour rire et pour pleurer.

Des roses et des épines

Réalisés par Marcel Camus en 1973 d’après un scénario de Claude Brulé, les six épisodes de Molière pour rire et pour pleurer évoquent les temps forts d’une vie d’acteur et de dramaturge exceptionnelle, par ses fulgurances, sa créativité et ses obstacles. Car, comme le titre de la série l’indique clairement, l’existence de Molière ne fut pas qu’une longue farce parsemée de roses ; J.B.Poquelin eut bien des épines à ôter, des écueils à franchir, des résistances à combattre, des difficultés à aplanir. L’opposition farouche d’un père refusant son choix de devenir comédien (à l’époque, c’est un déshonneur, pire, une malédiction) inaugure une longue succession de péripéties qui trouveraient plus leur place dans une tragédie.

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Un scandale parmi d’autres

Dettes en pagaille, troupe difficile à gérer, amours décevantes, course continuelle à l’argent et à la protection des puissants, concurrence des autres artistes, d’épisode en épisode, nous voyons Molière grandir, apprendre le métier, construire sa renommée, gagner le cœur du roi, devenir auteur… et s’attirer la haine de ceux qu’il dénonce dans ses pièces : pédants, charlatans, hypocrites. La querelle du Tartuffe n’est qu’un scandale parmi d’autres, tout aussi retentissants, dont notre homme sait toujours user pour accroître sa célébrité. Car malgré les coups répétés de ses plus féroces détracteurs, Molière tient bon, échafaudant sa légende jusque dans les derniers instants de sa vie, et même par delà la mort.

Des acteurs justes et émouvants

Ce sont Roger Mirmont et Jean-Pierre Darras qui prêtent leurs traits à un Molière jeune, fringuant, séducteur et plein d’enthousiasme, puis à un Molière vieillissant et amère, rongé par la maladie et les soucis. Pas d’excès ni de clowneries, les deux comédiens sont justes, émouvants, Darras notamment, tout en retenue, en nuances. Autour d’eux, Marianne Comtell en Madeleine Béjart, Caroline Cellier en Armande, Bernard Allane en la Grange, Michel Aumont en Du Croisy, Guy Grosso en Du Parc, Denis Manuel en Louis XIV, Georges Ser en prince de Conti, mais aussi Louis Seigner, Georges Descrières, Alice Sapritch, Henri Guybet, Michel Robin, Marcel Amont, une foule de grands acteurs pour jouer les plus petits rôles de cette fresque savoureuse.

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Dénoncer les apparences et le mensonge

Une fresque qui donne à voir la vie de Molière, mais aussi de sa troupe, la réalité du métier de comédien dans un siècle qui les hait autant qu’il les adule, celle des auteurs et des artistes que le Roi Soleil mécène et manipule à sa guise, La Fontaine, les frères Corneille, Racine, Lulli, Boisleau… La série met en évidence comment Molière, par son sens de la critique et sa verve, vient perturber les rouages bien huilés d’une société fondée sur les apparences et le mensonge, où la religion demeure toute puissante, contrôlant les âmes et les actions, s’infiltrant dans les familles et à la Cour. Ironie du sort, quand ils se réjouissent de la mort d’un Molière à qui on refuse les derniers sacrements, ses opposants n’imaginent même pas qu’il entre alors définitivement dans la légende.

Célébrité populaire et incontournable culturel

Enterré de nuit aux flambeaux, après que sa veuve a supplié le roi de lui accorder une inhumation en terre sacrée (ce qui était refusé aux acteurs jugés diaboliques), c’est par la grâce de la célébrité populaire que Molière entre au panthéon de l’art dramatique intemporel et de la littérature universelle. Conspué, son répertoire, Tartuffe en tête, va devenir un incontournable culturel, une œuvre sidérante de psychologie, de modernité et de bon sens, qui, sous des dehors drôles, cache un regard particulièrement aiguisé sur les ombres de l’humanité. Ce que la série Molière pour rire et pour pleurer met particulièrement en exergue, en nous faisant redécouvrir ces textes d’une beauté inégalée.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner la série Molière pour rire et pour pleurer sur la plateforme Madelen de l’INA.