De Bonnes raisons de mourir : attention, polar radioactif !

couverture du roman policier de bonnes raisons de mourir

N’allez pas croire qu’un bon bon polar se définisse uniquement par l’horreur ingénieuse des crimes commis ou la rebondissante complexité de son intrigue. Un bon polar, c’est avant tout un contexte, une ambiance, un regard sur une société en décomposition. Très exactement le panorama que déroule Morgan Audic dans De bonnes raisons de mourir.

Un corps martyrisé au fronton d’un immeuble délabré

Dans ce deuxième roman, l’auteur breton, par ailleurs professeur d’histoire et géographie, nous parachute au cœur de Pripiat en ruines, en pleine zone d’exclusion de Tchernobyl. 35 ans après l’explosion de la tristement célèbre centrale, la ville, comme tant d’autres aux alentours, est à l’abandon, vidée de ses habitants, envahie d’animaux sauvages. Seuls y circulent des gardes sous payés, des touristes amateurs de sensations fortes … et un mystérieux assassin qui a accroché un corps martyrisé au fronton d’un immeuble délabré.

Comment ? Pourquoi ? C’est ce que deux flics, l’ukrainien Melnyk et le russe Rybalco, vont tenter de comprendre, chacun de son côté et pour des raisons différentes. Objectif de la mission :

  • neutraliser un tueur en série à l’âme revancharde, qui semble avoir déjà opéré des années auparavant en massacrant deux jeunes femmes … pendant la fatidique nuit du 26 avril 1986, alors que le réacteur n°4 perd la tête.
  • clore l’enquête en évitant les radiations, la mafia locale, les politiciens véreux, les néonazis, les bombardements sur le Donbass … ou le cancer en phase terminale qui ronge l’un des deux flics.

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Un théâtre de la peste radioactive

Mais bien sûr les choses ne sont jamais aussi simples. Traquer ce tueur passionné de taxidermie, qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée, offre au lecteur une plongée particulièrement énergique dans les tréfonds d’un empire russe démantelé, où la corruption règne ainsi que le favoritisme. Et une violence sans nom. Entre les classes sociales, entre les pays, dans le couple même … Et comme témoin de cette décomposition à l’œuvre, cette immense zone d’exclusion, trompeur jardin d’Eden où tout, depuis les sols jusqu’aux animaux et aux hommes, est contaminé, rongé.

Morgan Audic en fait un théâtre de la peste radioactive, où s’expriment peurs paniques et souffrances morales, haines féroces et amours sans lendemain. Seule constante : la férocité de la survie, la rage de la vengeance. Et un malaise croissant dans cet univers sombre et suintant, où la mort rôde, spectaculaire quand elle s’exhibe des victimes martyrisées, silencieuse et hypocrite quand un compteur Geiger se met soudainement à crépiter. Pour preuve, l’éprouvante et ubuesque scène d’autopsie improvisée par un Rybalco nauséeux dans une morgue du front ukrainien où s’entassent les cadavres déchiquetés de jeunes soldats.

Bref, un roman propice au binge reading, et qui multiplie les coups au coeur, les séquences démentielles tout en nous confrontant à un univers de fin du monde. A lire d’urgence.

Et plus si affinités

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Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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