Le Procès Carlton : «La sexualité relève de la sphère privée”.

couverture du livre le Procès Carlton

Croquis d’audience mais encore ? L’exposition virtuelle Traits de justice, en dévoilant le pourquoi du comment de cette discipline singulière, interroge son devenir à l’heure du tout numérique. Possible piste : l’édition. Ce n’est pas une mauvaise idée, comme le prouve l’excellent album Le Procès Carlton.

Scandaleuses parties fines

Du 2 février 2015 au 20 février 2015, Dominique Strauss-Kahn et douze autres personnes sont jugés au tribunal correctionnel de Lille pour proxénétisme aggravé en réunion et une pour complicité d’escroquerie et d’abus de confiance”. Merci Wikipédia pour ce résumé limpide, ainsi que pour la foultitude de liens pointant vers certains des articles relatant cette affaire d’autant plus dérangeante qu’elle fut ultra-médiatisée. Au cœur du scandale, des parties fines organisées  par un responsable Relations Publiques de grands hôtels lillois, avec l’aide d’un proxénète qui fournissait des prostituées pour amuser des notables de la région

Procès ultra-médiatisé

Parmi ces notables, un certain DSK, ex-directeur général du FMI, tout juste étrillé par l’affaire du Sofitel de New-York. D’où l’utra-médiatisation de ce procès très attendu. Dans la salle, la journaliste Pascale Robert-Diard et le dessinateur François Boucq, en service commandé pour le quotidien Le Monde. Leur mission : restituer au jour le jour le déroulement des audiences, dans un climat assez malsain. Car que juge-t-on vraiment alors ? La maintenance d’un réseau de prostitution dont les accusés sont censés vivre ? Ou les mœurs sexuels de ces mêmes accusés dont on comprend assez vite que, s’ils ont profité des faveurs sexuelles de ces dames de manière assez ignoble, ils n’ont jamais participé à la monétisation de ces activités. 

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Sphère privée et ordre moral

Ce que le procureur général va formuler de manière très claire lors de son réquisitoire : «La sexualité relève de la sphère privée. Ni le procureur ni le juge n’ont le droit de s’ériger en gardien de l’ordre moral. […] Nous travaillons avec le code pénal, pas avec le code moral». Traduisons : les accusés sont peut-être de gros misogynes qui considèrent ces partenaires sexuelles d’un instant comme des objets ou des accessoires de leur plaisir, cela ne regarde pas la Justice qui n’est pas là pour jouer les chiennes de garde éthiques. Une distanciation que Robert-Diard et Boucq ressentent dès les premières minutes du procès et qu’ils restituent dans leurs comptes rendus journaliers.

Un récit aussi vivant que nuancé

Comptes rendus rassemblés dans l’ouvrage Le Procès Carlton qui déroule le fil de cette analyse, au fur et à mesure que témoins et accusés se succèdent à la barre pour raconter, expliquer, s’excuser, s’effondrer, se dédouaner … Les croquis de Boucq saisissent les impressions sur les visages, les attitudes des corps, les mots de Robert-Diard relatent l’enchaînement des déclarations, les questionnements des avocats et des juges, les réactions du public, ses propres ressentis devant une situation particulièrement gênante, qui confronte système légal, injustice sociale  et imposture morale. Un récit passionnant, avec une parfaite harmonie entre l’écrit et le visuel, pour une restitution aussi vivante que nuancée.

 

Et plus si affinités

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