Printemps de Bourges 2011- Part 4 : Punish Yourself

Hier nous vous quittions sur la détermination des Brigitte.

Aujourd’hui c’est la hargne des Punish Yourself que nous passons au crible.

Autant la faire claire : c’est en grande partie pour eux que nous sommes allés à Bourges. Punish Yourself : absolument pas négociable de rater ni le concert ni l’interview. S’il ne devait y en avoir qu’un, ça devait être celui-là.

  • Parce que le groupe est hors normes. Punk ? Gothique ? Electro ? Rock ? Dark ??????? Impossible de les ranger dans une case et c’est tant mieux, vu le nombre de projets qui prennent corps dans leur voisinage.
  • Parce qu’il faut oser monter sur scène badigeonné de fluo, et qu’ils le font avec un allant cosmique fou, domptant méthodiquement la scène de Bourges pour distiller un genre qui leur est propre, une griffe identifiable entre toutes et qu’on pourrait qualifier de « style » sans risquer de tomber dans le ridicule ni le pédantisme.
  • Parce que leur musique est aussi atypique que puissante, chargée de beats, doublée de batterie, saturée de guitare, soulignée de saxo le cas échéant, le tout pulsé par la voix déchirante du chanteur. Inqualifiable, inégalée ? En tout cas unique …
  • Parce que des musicos capables de signer une chanson comme « Worms », on ne les laisse passer sous aucun prétexte. Vous me lisez bien ? AUCUN prétexte.

Alors quand j’ai débarqué toute pimpante dans le service presse du Printemps après mes 5 heures de covoiturage, pour aller chercher mon pass et demander l’heure de la rencontre et qu’on m’a annoncé que c’était prévu à 14h30 alors qu’il était 16h et qu’on nous avait initialement expliqué que ce genre d’amusement avait lieu après les balances vers 17H, la réaction a été, comment dirais-je, … atomique ??????? « Les joies du festival ! », m’expliqueront ensuite les vieux routards en se bidonnant de ma mine déconfite : « ça arrive régulièrement, ce genre de contre-temps, ma poule ! » (faut dire que le programme est tellement lourd à tenir que les attachés de presse ne chôment vraiment pas pendant une semaine sans parler de la préparation, et que les accrocs comme ça sont monnaie courante).

Oui mais non. Ma poule n’aime déjà pas être à la bourre et encore moins sur une ITW, et encore moins avec les Punish. Donc ma poule et son vidéaste on fait des pieds et des mains, passant un mot au manageur via le régisseur, via un technicien, via un agent de la sécurité via …. faisant le pied de grue à la sortie des coulisses, courant après les uns, les autres … et finalement on a réussi à les rencontrer … vidéo preuve à l’appui

Tout ça bien sûr POUR NE PAS les interviewer, les Punish car ils étaient crevés de chez crevés ! Merci d’ailleurs à Vince le chanteur pour les 20 minutes de discussion où on s’est bien marré du reste… et pour les heures passées à répondre par écrit à nos questions envoyées par mail, histoire qu’il prenne le temps d’y réfléchir. Au final une vision panoramique du groupe et de ses rouages, de ses projets, une conception tranchée de la composition et de la création vécues comme un besoin vital, un regard incisif et lucide sur le monde de la musique et le microcosme de Bourges.

Et un sens certain et assez jouissif de l’ironie …

 

  • Le punk est actuellement très à la mode. Selon vous, cet esprit existe-t-il encore en 2011? Comment se manifeste-t-il ? Y a-t-il encore des groupes punk aujourd’hui ?

Il y en a encore aujourd’hui, comme il y en avait avant que le mot n’existe. Après, tout dépend de quoi on parle… Punk, ça peut être un style avec ses codes, qui reviennent au goût du jour par cycle et avec plus ou moins d’inventivité –  ou une attitude. Et l’attitude, n’importe comment qu’on la définisse, elle sera toujours là. Qu’on y voit plutôt de la révolte ou du cynisme, peu importe. Et pas besoin d’être musicalement un punk pour avoir un rapport punk au monde… Mais de toute façon ça se vit, ça ne s’analyse pas. Se poser des questions dessus, c’est un truc de journaliste.

 

  • Vous évoluez entre différentes tendances musicales et cinématographiques : comment composez-vous votre musique et vos textes ?

La musique, ça dépend, mais ça part souvent d’une base électronique sur laquelle on rajoute guitares et batterie, avant de revenir sur les machines. Un genre de va-et-vient plus ou moins compliqué suivant les morceaux. Et dans lequel on investit de façon plus ou moins désordonnée notre bagage musical, on part rarement en se disant « composons un morceau dans tel style particulier » ; ça évolue souvent de façon assez imprévisible.  Quant aux paroles, en général, je les écris au moment d’enregistrer, quand je ne peux plus reculer et que chanter en yaourt (ou les paroles de morceaux de Motorhead) deviendrait flagrant.

 

  • Votre style est à la fois moderne et païen. Comment vous sentez-vous dans notre époque? Auriez-vous souhaité vivre dans d’autres temps ?

    D’autres temps ? Jamais ! La vie c’est ici et maintenant. La fascination du passé, ou plutôt la nostalgie du passé, ça pue.  Sans dire que notre époque soit parfaite, loin de là, évidemment. Faut pas déconner… Mais se sentir étranger à ce monde, à cette société, ça ne signifie pas forcément qu’on est attiré par quelque chose de « meilleur », un idéal passé ou futur. Je refuse tout en bloc, le monde tel qu’il est et les alternatives qu’on nous propose.

     

    • L’un de vos derniers clips « Heart of Darkness » a été tourné pour majeure partie à la Demeure du Chaos par Alexandre Cardinali (réalisateur du long métrage « Abode of Chaos Spirit« ). Pourquoi ce choix ? Comment s’est faite la rencontre avec cet univers ?

      On ne peut pas dire qu’il y ait eu un « choix », Alex est un vieux pote de la bande des Punishers parisiens, et c’est lui qui est arrivé avec ce projet déjà tout prêt, on n’avait aucune affinité particulière avec la Demeure du Chaos… Une certaine curiosité pour le lieu, ceci dit ! La notion de chaos m’a toujours fasciné, chez Moorcock notamment, d’ailleurs tous ceux qui utilisent la fameuse « croix du chaos » devraient lui payer des royalties. Enfin bref, ce clip a une histoire assez rocambolesque, je pourrais en faire un roman. En tout cas on s’est bien marrés à crapahuter dans la montagne espagnole ou à la demeure, à se prendre des orages de grèle sur la tronche, à ne rien  comprendre aux indications d’Alex et à se demander comment on allait payer l’essence pour revenir. Il aurait fallu faire un film sur le tournage, genre Lost In La Mancha

       

      • Vos prestations scéniques mêlent musique, acrobaties, effets pyrotechniques … de ce fait dans quelle logique artistique vous situez-vous ? Concert rock, cabaret, cirque contemporain ?

        Définitivement, « concert rock », mais le rock est un cirque de toute façon, alors… On n’a pas de logique artistique particulière, ou de réflexion théorique à ce sujet, on n’est pas des théoriciens. On aime être sur scène et expérimenter des trucs spectaculaires, sans que ça tombe trop dans quelque chose de « mis en scène », spectaculaire mais pas théâtral. On reste avant tout des barbares.

         

        • Votre groupe est très visuel. Avez-vous déjà eu des propositions d’apparition dans des films ? Vous verra-t-on un jour au cinéma ou dans une pièce de théâtre ?

        On n’a pas assez de copains réalisateurs, sans doute, mais non, personne ne nous contacte pour apparaître dans des films. Et tant mieux, le film Punish, c’est sur scène qu’on le vit, pas sur une pellicule. Ma participation en tant qu’ « acteur » à deux clips de Punish m’a vacciné définitivement. Je suis un performeur de scène, et rien d’autre. Par contre s’il fallait travailler sur la musique d’un film, là, on signe tout de suite, les yeux fermés et avec notre sang !

         

        • Après plus de 15 ans de scène, où trouvez-vous la motivation ? La scène constitue-t-elle un exutoire, une thérapie pour vous ?

        Ni exutoire ni thérapie, c’est une condition non négociable, on ne pourrait pas vivre sans. C’est comme si tu me demandais où je trouve ma motivation à respirer, boire ou manger… On n’a juste pas le choix. Et de toute façon on y trouve toujours autant de plaisir, la nature est bien faite.

        • Bourges, les Eurockéennes, Hellfest, … vous participez à de nombreux festivals reconnus alors que vous êtes plutôt subversifs : pourquoi ce succès selon vous ?

        Subversifs ? Transgressifs peut-être, mais subversifs, c’est nous accorder beaucoup de crédit… On ne fait pas la révolution avec des chansons, surtout quand on n’a pas de projet politique ! Et dieu sait qu’on n’a rien à proposer, de ce côté là. On est plus nihilistes que politiques… Et de toute façon, l’industrie du divertissement fait son beurre de la transgression, depuis toujours. Ma seule satisfaction c’est qu’on ne leur aura pas fait gagner grand chose, avec nos conneries ! Si on a du succès c’est grâce à notre aspect visuel, le spectacle fait passer la musique auprès de publics qui n’écouteraient pas plus de cinq secondes sans ça. Là ils prennent le temps de regarder et de rentrer dans l’ambiance, au lieu de se fermer tout de suite comme des huîtres…

         

        • En quoi votre musique trouve-t-elle sa place plus spécifiquement sur le festival de Bourges ?

        A vrai dire, à part le fait qu’on ait vraiment démarré notre carrière ici, on n’a pas d’affinités particulières avec l’esprit « Bourges ». On se sent un peu plus extraterrestres ici que sur la majorité des gros festivals auxquels on a participé, d’ailleurs. Tous ces pros en vase clos venus prendre leur cuite annuelle, c’est curieux.

         

        • Comment vous êtes-vous préparés à cet évènement (set, répétitions, communication) ?

          Préparés ? Comme d’habitude, c’est à dire qu’on n’a rien préparé du tout.. Entre les périodes où on écrit de nouveaux morceaux, on répète très peu, comparé à l’immense majorité des groupes. Et de toute façon je ne vois pas pourquoi on devrait faire plus d’effort pour le public de Bourges que pour celui de Tripoux-sur-Montagne, le fait d’être sur une scène « prestigieuse » ne donne pas d’obligations supplémentaires. Chaque concert doit être totalement réussi, et puis c’est tout.

           

          • Une journée à Bourges, comment cela se passe-t-il ?

          Comme dans n’importe quel festival, sauf qu’on y rencontre à peu près tous les gens qu’on connaît dans le » milieu » – les professionnels de la profession – à chaque coin de rue. Ou plutôt à chaque terrasse. Du coup on est souvent invités à aller boire un coup pour ressasser les souvenirs d’anciens combattants. J’essaie de me défiler systématiquement, le côté consanguin de la chose me fait un peu froid dans le dos, je laisse ça à ceux qui aiment.

           

          • Qu’attendez-vous de votre passage ici ? Comment envisagez-vous l’après Bourges ?

          A vrai dire, aucune attente particulière : on est contents de jouer devant une salle pleine, et on espère que ça poussera le public qui ne nous connaissait pas à s’intéresser de plus près à notre bordel. Mais on n’attend rien de décisif, et l’après-Bourges sera comme l’avant : sur la route, à galérer ! Jouer ici, ça fait plaisir, mais ça n’a rien d’une consécration en soi. Ceci dit je suppose que notre tourneur est content de pouvoir rajouter ça sur notre CV.

           

          • Vous développez actuellement plusieurs projets : Bal des enragés, 1969 was fine, Le cabaret de l’impasse, Cheerleader 69, … comment se nourrissent-ils mutuellement ?

          A part le Bal et le Cabaret, qui sont des trucs à part – le premier est une colonie de vacance punk où on se marre bien entre vieux cons à faire des reprises, le second un projet spécifiquement jazz-punk-crooner, à base de reprises aussi – les autres projets sont assez interdépendants, finalement, d’autant plus que les membres sont quasiment les même à chaque fois. Les expériences ne sont pas cloisonnées, un concert de Cheerleader peut me donner des idées pour Punish, et vice-versa, certains morceaux de 1969 Was Fine sont devenus des classiques de Punish… On essaie quand même de dégager une individualité à chaque groupe, surtout au niveau du son, histoire que le public ne s’y perde pas trop, mais c’est pas toujours évident. Par exemple quand on se rend compte que telle façon de jouer, finalement, conviendrait mieux à un autre projet…

           

           

          Merci aux Punish Yourself, à leur manager et à leur tourneur, et surtout un gros gros gros merci à Vince VX qui s’est coltiné toutes les réponses.

          Article réalisé en collaboration : The ARTchemists / Free Landz

          Texte : Delphine NeimonThe ARTchemists

          Interview : Delphine Neimon The ARTchemists – Sylvain Ortega Free Landz

          Vidéos : Sylvain Ortega Free Landz

          Photos : Christian Ravel

          Et plus si affinités

          http://punishyourself.free.fr/

          http://www.myspace.com/punishyourself

          http://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=130537327025471&id=100002076140610&ref=notif&notif_t=feed_comment_reply#!/pages/PUNISH-YOURSELF/372752958357

          Printemps de Bourges 2011 – Part I : décryptage d’un festival bicéphale ?

           

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