Elèves et étudiants : pourquoi “voir” une pièce de théâtre analysée en cours peut vous aider ?

regarder une pièce de théâtre

Oyez, oyez, chers élèves, collégiens, lycéens, étudiants de France et de Navarre : avec la reprise des cours de français et de littérature, vous allez être bons pour l’inévitable analyse du texte théâtral. Acte, scène, didascalie, monologue, soliloque, théâtre classique, théorie des unités, drame romantique, tragédie moderne, Molière, Racine, Marivaux, Hugo, Anouilh et j’en passe. Et là, j’en vois certains qui blêmissent déjà, en évoquant ces longues et chiantissimes heures passées à sommeiller sur son cahier, tandis que la.le prof s’évertue à vous transmettre l’amour de notre patrimoine dramaturgique dans un langage complètement incompréhensible, et avec en bout de course le spectre de l’épreuve du bac.

De quoi vous dégouter à jamais (ah et puis se montrer curieux, c’est nul), ce qui est bien dommage et risque en plus de vous valoir une note bien pourrie le jour de l’oral. Heureusement, il y a une astuce : regardez la pièce. Regardez la, jouée sur une scène. Vous avez tout à y gagner. Explications.

Hernani acte I scène 1 - importance des didascalies

Des textes écrits pour être joués

Rappelons tout d’abord, mes petits choux, que les textes de théâtre que vous étudiez sont écrits initialement pour être joués sous forme de spectacle (à moins de tomber sur des pièces issues du “théâtre dans un fauteuil”, mouvement cher à Musset et Mérimée, mais c’est une autre histoire) ; ces intrigues, ces répliques sont pensées, composées pour être interprétées par des acteurs devant un public, sur scène, avec des décors, des costumes, de la musique, des lumières.

Bref, ils sont conçus pour prendre vie. Parfois même, l’auteur est présent durant les répétitions pour adapter ses répliques, quand il n’est pas carrément l’interprète (dixit Molière, Giraudoux… entre autres). En résumé, les auteurs dramatiques façonnent leurs intrigues dans cet esprit, pour cette finalité qu’est la représentation. On ne peut donc pas mesurer la portée d’un texte de théâtre si on ne le voit pas prendre corps sur un plateau.

Voir pour comprendre 

Voir une pièce représentée sur scène, c’est s’offrir l’opportunité de saisir le sens de textes parfois incompréhensibles sur le papier ; et ça ira toujours plus vite que de parcourir la version écrite, que vous allez tenter de déchiffrer plusieurs fois de suite sans rien piger, ça va vous énerver, vous allez avoir le sentiment d’être nul, en plus, moins vous comprenez, moins ça vous intéresse… Mais, si vous regardez la pièce, vous allez vivre un truc assez incroyable : comprendre ce qui se passe, ressentir une vibration, une intensité, un regard, une voix, un ensemble…

Et vous allez mémoriser l’intrigue, des passages, des répliques, tout en prenant conscience du rythme de la pièce. C’est une chose de lire Fin de partie de Beckett, mais voir ce texte typique du théâtre de l’absurde se déployer sur scène, c’est une autre affaire : le caractère ténébreux et très lourd de cette non-histoire va vous saisir, vous mettre mal à l’aise, un peu comme un film d’horreur, un thriller.

Richard III par Laurence Olivier et par Richard Loncraine

Mise en scène et mise en magie

Comme je l’expliquais précédemment, le texte de théâtre est conçu pour être joué. L’acteur se laisse posséder par son rôle, il devient le personnage qu’il incarne, sous la direction d’un metteur en scène qui lui explique ce qu’il veut obtenir. Et cela nous vaut des moments inoubliables : les intonations caractéristiques de Louis Jouvet, le regard perçant de Jean Piat, le rire fou de Micheline Boudet, l’ironie mordante de Pierre Arditi… Ajoutons-y le travail de mise en scène. Je ne reviendrai pas sur l’histoire de la discipline, Stanislavski, le naturalisme russe, le Cartel… Disons que la mise en scène, c’est la vision qu’a un metteur en scène d’une œuvre théâtrale. Cette mise en scène, c’est un peu comme une mise en magie. Costumes, décors, musique, éclairage, gestes, voix, attitudes… l’ensemble se mêle pour raconter une histoire. Et cette histoire prendra une allure différente selon celui qui l’orchestre.

Ainsi Richard III de Shakespeare : Laurence Olivier le situe au Moyen-Age, Richard Loncraine le replace pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’impact diffère, mais ces deux approches sont aussi captivantes que riches d’enseignements sur les possibilités du texte, son universalité. Et cela vaut alors le coup de regarder plusieurs mises en scène, de les comparer pour mesurer la divergence des points de vue d’un metteur en scène à un autre. Et faciliter le phénomène de compréhension et d’analyse ; eh oui, l’idée est aussi de renforcer votre regard critique, votre faculté de jugement, : pourquoi vous avez préféré telle version ? Qu’est-ce qui vous touche ? Vous surprend ? Ce n’est vraiment pas un luxe à l’heure où fake news, post-vérités et nudge marketing pullulent.

théâtre répétitions

Récapitulons ; voir une pièce, c’est l’opportunité de :

  • mieux comprendre le texte
  • favoriser sa mémorisation
  • en saisir les enjeux
  • confronter les points de vue

… et avoir quelque chose à raconter pendant les cours et le jour de l’examen ; une manière de montrer aux profs et aux examinateurs qu’on s’est intéressé au sujet, qu’on l’a compris, qu’on a développé un regard critique.

Et puis surtout, c’est un pas essentiel ; regarder des pièces de théâtre, c’est se forger une culture personnelle, tout en travaillant sa mémoire, son argumentation. C’est un moyen de faire péter le plafond de verre, d’investir dans un patrimoine culturel collectif qui n’est pas la chasse gardée d’une élite. Bref que du bénéfice… et beaucoup de plaisir !

P.S. : cela vaut pour les élèves, les étudiants… et tous les autres.

P.S.2 : ok, aller voir des pièces, c’est bien, mais ça coûte cher ? Comment on fait ? Réponse très bientôt.

Posted by Padme Purple

Padmé Purple est LA rédactrice spécialisée musique et subcultures du webmagazine The ARTchemists. Punk revendiquée, elle s'occupe des playlists, du repérage des artistes, des festivals, des concerts. C'est aussi la première à monter au créneau quand il s'agit de gueuler !