Plus de morts que de vivants – Guillaume Guéraud : le théâtre de la peste

Plus de morts que de vivants

Plus de morts que de vivants : un titre à la hauteur du livre qu’il baptise. Imaginez un collège à Marseille, un matin d’hiver juste avant les vacances. Avec son lot de cancres, de profs survoltés, d’ados en crise… 647 gamins de la 6eme au brevet, plus leurs enseignants et les membres de l’administration, les employés de la cantine, de l’entretien…

Le début d’une hécatombe

Il est 8h, il fait un froid de canard, on n’a pas trop envie de travailler, on n’est pas réveillé : une journée classique s’annonce… jusqu’au moment où la belle Yasmine aux yeux de princesse égyptienne, sent quelque chose glisser sur son épaule, une mèche de ses cheveux. Un autre élève, à quelques classes de là, commence à gratter les boutons qui apparaissent sur son bras ; encore une allergie. Un autre se met à saigner du nez… Le début d’une hécatombe. Quelques heures plus tard, l’établissement est en quarantaine, les cadavres s’accumulent, emportés par « la foudre ».

C’est ainsi que les enfants ont surnommé ce mal qui les frappe sans pitié, terrassant aussi les adultes, leurs pédagogues, les médecins venus les secourir, les pompiers… Cordon sanitaire oblige, policiers et militaires cernent les bâtiments, impossible d’entrer ou de sortir. Commence alors la longue attente, l’angoisse : qui mourra ? Qui s’en sortira ? S’il est encore envisageable d’échapper à ce virus mortifère, plus violent que la peste, le choléra et l’Ebola réunis. S’inspirant des films de Romero, de Cronenberg ou de Kazan, Guillaume Guéraud tisse un suspense insoutenable autant que fascinant.

Plongés dans le chaos

 À la fois terrifiante et poétique, son écriture passe avec agilité de l’évocation sanglante de la mort d’innocents à la détresse de chacun des personnages confrontés à cette horreur. L’exercice est d’autant plus impressionnant qu’il s’adresse aussi bien à un lectorat adolescent (le livre est édité chez Rouergue dans la collection « Doado Noir ») qu’à des amateurs plus âgés. Réaliste dans le tableau de l’univers scolaire comme dans celui des détails cliniques des symptômes, ce roman palpitant nous amène à suivre le parcours de tous ces êtres soudainement plongés dans un chaos dont jamais ils ne connaîtront la source. 

Grande force du livre, l’intrigue confronte le lecteur à cette panique éternelle ressentie par l’homme face à l’inconnu qui le dévore soudain. Ces individus cloîtrés dans l’enceinte de l’école vivent alors ce que nos ancêtres du Moyen Âge subirent aux temps de la Grande Peste : l’isolement, la peur, l’abandon, la terreur, le fatalisme… ou la volonté farouche de survivre. Difficile de ne pas s’identifier dans ces diverses réactions extrêmes, d’autant plus perceptibles que ce sont des jeunes sans défense qui y sont confrontés. C’est là la puissance de cette fiction.

Et plus si affinités

N’hésitez pas à lire le roman Plus de morts que de vivants.