A l’avant garde : L’Androgynette, entre tatouages calligraphiques et poésie de la résilience

tatouages de l'Androgynette

À quoi sert un tatouage ? À être beau ? S’assimiler à un groupe, afficher un statut ? Montrer qu’on est un rockeur dans l’âme ? Revendiquer sa rébellion toutes encres dehors ? Se reconstruire psychiquement ? Se souvenir combien on en a chié, à quel point la vie et l’être sont fragiles ? Devenir le livre de ses propres errances ? Toutes ces questions sont synthétisées dans les œuvres de L’Androgynette.

Une littéraire dans l’âme

Tata Ginette, androgyne, la donzelle forge son patronyme de tatoueuse en croisant ces mots, pour accoucher d’une artiste au style reconnaissable entre tous. Inspirée entre autres par Khalil Gibran et Peter Ulrich, cette littéraire dans l’âme découvre les beautés de la calligraphie au Maroc. Dessin, graphisme, elle déboule dans l’univers de l’aiguille sur un coup de tête/chance.

Déjà tatouée, la team de la très bruxelloise Boucherie moderne, Léa Nahon en tête, lui propose de venir apprentie, elle fonce. Se forme, apprend sur le tas, à l’ancienne. Et commence à façonner son style. Des messages à double sens, raturés, biffés de rouge comme sur une copie d’écolier corrigée d’un geste rageur et définitif par une prof vacharde, mais finalement juste.

Émotions à fleur de peau

Typographié différemment, en écriture manuscrite presque enfantine, un mot prend la place d’un autre, tracé dans une police avec empattement ou à l’égyptienne : âme sensible : s’abstenir à retenir ! INSTINCT PRIMAIREmère – AMOUR avec un grand A. gROS Q – Veux-tu m’épouser ? Épuiser – GARçON manqué Fille réussie

Quelquefois un dessin complète l’ensemble, une fleur fanée, « câlin » recouvert d’un sparadrap, « s’éteindre » surmonté d’une allumette consumée, des doigts tripotant un cerveau, beaucoup de cœurs et de cerveaux d’ailleurs, dans cet univers où traumatismes et émotions s’inscrivent à fleur de peau, aveux pudiques, mais assumés de l’insoutenable légèreté de l’être.

Poésie et résilience

Un terrain thématique que cette hypersensible maîtrise avec brio et inspiration, un sens prononcé de la formule qui claque, du jeu de mots qui définit les états d’âme face aux coups durs de la vie qui tannent le cuir de ceux qui survivent. En prime, un œil expert pour placer ces sentences pleines d’une ironique tendresse à l’endroit du corps où elles feront mouche.

Les calligraphies d’Apollinaire, l’écriture surréaliste, Prévert, Vian… contrairement à ce que pense l’Androgynette, il n’y a pas que les fées qui ont craché dans son berceau : les poètes sont aussi passés par là, déposant un peu de leur sagacité et de leur esprit de résistance. Boris Cyrulnik aussi, chantre de la résilience ? Un bien beau mélange, pour des tatouages d’une intensité inédite.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur L’Androgynette et découvrir ses créations, consultez son compte Instagram.