Mariages de mineures : le scandale légal qui persiste aux États-Unis

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mariage des mineurs aux USA

Décidément l’affaire Epstein n’en finit plus de déchaîner, à raison, les passions et la colère. Dévoilant un sordide système de prédation soit disant légitimé par l’argent, le pouvoir et l’entregent, elle gagnerait cependant à être replacée dans un contexte plus large et tout aussi choquant, une réalité plus diffuse, moins spectaculaire certes, mais tout aussi écœurante : le mariage d’enfants aux USA. Un phénomène massif, institutionnalisé, qui a concerné plus de 300 000 mineurs en vingt ans, et qui continue aujourd’hui encore d’être autorisé au pays de l’oncle Sam.

Un tabou américain, une échappatoire judiciaire

En mars 2023, le podcast Interception, diffusé sur France Inter, consacre un épisode glaçant à cette réalité. Le reportage Les mariages des mineures aux États-Unis, signé Valérie Cantié, donne la parole à celles que l’on n’entend presque jamais : les survivantes. Ces femmes aujourd’hui adultes, ont été mariées à 13, 14 ou 15 ans, souvent à des hommes bien plus âgés, … très souvent leur agresseur. C’est là du reste l’un des points les plus troublants révélés par l’enquête.

Pour parler clairement, le mariage des filles mineures constitue un outil d’évitement pénal. Dans de nombreux états américains, jusqu’à une période récente — et parfois encore aujourd’hui — c’est un recours qui permet d’annuler ou d’éviter des poursuites pour viol sur mineur, de contourner les lois sur l’âge du consentement, de rendre légal un rapport sexuel autrement criminel. Le mariage agit en l’état comme une « carte de sortie de prison » pour les agresseurs sexuels (souvent des proches des victimes), transférant cette dernière de la sphère judiciaire à la sphère conjugale.

Faut-il s’en étonner quand on sait que les États-Unis sont le seul pays membre de l’ONU à n’avoir jamais ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant, adoptée en 1989 par l’Organisation des Nations unies. En refusant de se lier juridiquement à ce texte fondamental — qui fixe notamment à 18 ans l’âge minimum du mariage et reconnaît l’incapacité d’un enfant à consentir à une union — les États-Unis se soustraient aux obligations internationales de protection des mineurs. Cette exception, régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains, contribue à maintenir un cadre légal permissif dans lequel des lois archaïques peuvent perdurer.

Une violence systémique : « Ce n’était pas un choix »

Avec des statistiques effarantes à la clé. Selon les données compilées par l’organisation Unchained At Last et le Congrès américain :

  • Près de 315 000 mineurs ont été mariés sur le sol américain entre 2000 et 2021.
  • 87 % sont des filles, majoritairement mariées à des hommes adultes
  • On recense 70 à 80 % de taux de divorce pour les mariages contractés avant 18 ans
  • 4 États n’ont pas imposé d’âge minimum légal en 2025 : la Californie, le Mississippi, le Nouveau-Mexique, l’Oklahoma

Ces chiffres dessinent une réalité claire : nous sommes bien dans un système toléré, parfois encouragé, par le droit. Le profil des victimes est parlant : le podcast Interception comme l’enquête d’ARTE États-Unis : ce pays qui marie ses enfants donnent à entendre des récits similaires, des points de convergence : grossesse adolescente, pression familiale ou religieuse, absence totale de consentement réel, sortie immédiate du système scolaire,dépendance économique et psychologique totale (autant de traits spécifiques qu’on retrouve chez les victimes d’Epstein).

Beaucoup de ces jeunes filles mariées de force racontent ne pas avoir compris, sur le moment, qu’elles avaient été victimes. Leur entourage proche justifie ce choix en invoquant les notions de protection, de respectabilité, une solution honorable pour éviter à l’agresseur comme à la victime la honte et la mise au ban de communautés très fermées. En réalité, le mariage scelle leur enfermement.

Une culture de l’impunité

En écoutant ces témoignages, on réalise avec effroi et dégoût que l’affaire Jeffrey Epstein n’est pas une anomalie mais une version extrême de cette logique. Croiser ces réalités fait apparaître un système social où les corps des mineures sont négociables, la parole des jeunes filles disqualifiée, les violeurs protégés par un pouvoir juridique ô combien condescendant. Dans le cas des mariages d’enfants, c’est l’État lui-même qui valide le mécanisme.

Là où Epstein agit dans la pénombre, le mariage d’enfants opère à la lumière du droit, avec des conséquences effrayantes. En effet, les études (enquêtes de l’International Center For Research on Women, rapports annuels de l’ONG Unchained At Last… ) montrent que les personnes mariées avant 18 ans sont plus exposées aux violences conjugales, davantage victimes de troubles anxieux et dépressifs, plus pauvres à l’âge adulte, moins diplômées, plus isolées socialement. Le mariage d’enfants n’est en aucun cas anodin : c’est un facteur majeur de reproduction des violences.

Un combat encore inachevé

Grâce au travail de terrain et de plaidoyer d’associations comme Unchained At Last, plusieurs États ont relevé ou supprimé les dérogations permettant le mariage des mineurs. Mais en 2025, le combat est loin d’être terminé. L’idée même que le mariage puisse « protéger » une enfant continue d’être défendue dans certains discours politiques ou religieux.

Les mariages d’enfants aux États-Unis dérangent parce qu’ils fissurent le mythe d’une puissance s’érigeant en protecteur des droits de l’enfant et champion des valeurs occidentales Occident unanimement. En mettant des mots, des chiffres et des visages sur cette intolérable réalité, journalistes, militants et survivants rappellent qu’un enfant ne peut pas consentir à un mariage.
Aucune loi ne devrait jamais faire semblant du contraire.

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Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

Website: https://www.theartchemists.com