Simon Reynolds – Bring the noise : retour sur 25 ans de chroniques musicales

Pour ceux qui l’ignoreraient, « Bring the Noise » est le titre d’une chanson phare du légendaire groupe de hip hop Public Enemy. Pas un hasard donc si le non moins célèbre critique musical britannique Simon Reynolds choisit ce même titre pour baptiser son recueil de textes édité en 2007-2008 puis sorti en français fin mars 2013 aux éditions du Diable Vauvert.

Rébellions et musiques de l’extrême

C’est qu’après avoir exploré les arcanes du rock, du post punk, s’être interrogé sur les différentes rébellions véhiculées par ces musiques de l’extrême, le chroniqueur a voulu explorer les passerelles subtiles existant entre l’émergence du rap et la naissance de la new wave. Et il a été très prolixe en la matière, puisqu’il a fallu quelques 650 pages pour rassembler l’ensemble des articles traitant de cet ambitieux sujet. Des chroniques courtes traitant d’albums, de concerts, comme le live de The Redskins ou Husker Dü, des interviews en pagaille dont celles de Dinosaur JR ou The Pixies. Et de véritables essais travaillés avec une précision d’orfèvre, en amoureux du genre, en fin connaisseur, ainsi « Du grain à moudre : réflexion sur la voix dans la pop » ou « Contre toute probabilité : 2005, le quitte ou double du grime ».

Le flair du limier

Oui, il fallait les trouver celles-là et c’est justement ce qui fait la richesse de ce pavé : les angles d’attaques, les problématiques et les argumentaires. Le monsieur n’a pas son pareil pour dénicher la petite bestiole qui monte pour déclencher un engrenage créatif puis une tendance puis un mouvement. Le privilège du connaisseur, le flair du limier qui a une perception juste de la musique et de ce qu’elle implique au niveau des cœurs, des consciences et des sociétés. Car c’est de cela qu’il est question au bout du compte. En confrontant l’évolution de The Smiths et la conquête du hip hop, Simon met en lumière deux courants concurrents mais finalement convergents qui signent la mutation profonde de la communauté britannique d’une part, et de notre rapport à la création artistique de l’autre.

Rigueur scientifique

Si ses démonstrations, complexes, sont typiques du mode de pensée à l’anglaise (on n’argumente pas de la même façon dans les cultures anglo-saxonne et latine), elles témoignent néanmoins d’un ancrage généralisé du rock et du rap dans les esprits et le patrimoine. Aussi n’abordez pas ce livre comme un simple catalogue d’anecdotes drôles ou salées sur nos stars. Si Antoine de Caunes traite le sujet avec son cœur et ses souvenirs dans le Dictionnaire amoureux du rock, Simon Reynolds envisage la chose avec la rigueur d’un scientifique, pour ne pas dire d’un philosophe. Son travail vaut autant par la justesse de sa perception que par la manière dont il révèle cette relation si particulière que les anglais entretiennent avec la musique.

Et plus si affinités

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