Peines de mort – Martin Monestier : méthodologie du parfait bourreau

Peines de mort de Martin Monestier : un must have et must read que tout réactionnaire adepte de la justice terminale se doit d’avoir parcouru (les autres aussi, n’en faites pas l’économie) car ce classique de la littérature historique date de 1994. Et n’a pas pris une ride si l’on en croit la persistance de la peine capitale dans nombre de systèmes judiciaires de par le monde.

Trente six punitions

Ils sont encore nombreux à la surface de la planète, ces braves gens pleins de bon sens, ne serait-ce qu’aux USA où les derniers instants du mandat Trump ont largement accru le rythme des exécutions (quand on connaît l’équité des tribunaux américains, multipliant allègrement erreurs fatales et condamnation d’innocents, on peut flipper). Eh oui, si l’empoisonnement à la shooteuse est actuellement très en vogue chez les ricains, parce que plus humaine prétend-on, d’aucuns privilégient des méthodes plus anciennes mais qui ont fait leurs preuves : pendaison, électrocution, balle dans la nuque, décapitation, gazage, … On frémit ? Mais dites-vous que ces options sont ultra light en comparaison de ce que nos ancêtres faisaient subir aux criminels.

Et Martin Monestier de nous rafraîchir la mémoire, avec force explications techniques et détails macabres, recensant ainsi trente six punitions des plus fantaisistes, jusque dans leurs différences, leurs nuances les plus ténues : ainsi n’allez pas confondre bûcher, rôtissage et grillade, malheureux ! Il y a un monde entre ces trois processus, et le bourreau se doit d’en saisir toutes les particularités s’il ne veut pas passer pour un bouffon pointé. Idem avec la strangulation et la garrotte ; la guillotine, les tranche têtes et la décapitation sont aussi très spécifiques même si, au finish le chef du condamné finit dans la sciure avec un bruit de ballon de foot s’écrasant dans une flaque de boue.

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Faire durer la chose

Ah je vous avais prévenu, amateurs de mise à mort étatisée, qui voudriez revenir au beau temps des exécutions publiques, ce genre d’amusement est sale et sonore, le principe à l’origine étant de faire durer la chose pour divertir les foules : il fallut plusieurs heures pour écarteler Ravaillac qu’on dût finir au couteau de boucher après que quatre gros percherons aient échoué à arracher ses membres. Problème : le monsieur était gigantesque et bien bâti, et les canassons ramèrent ferme avant d’envoyer ses tripes gicler dans la poussière. Vous blêmissez ? Je vous parle de l’empalement ou j’arrête là ? Le sciage n’est pas mal non plus … Non ? Vraiment ?

Mouais, votre enthousiasme faiblit, n’est-ce pas … Surtout quand on prend en compte que Ravaillac était probablement un faible d’esprit, illuminé religieux manipulé par des instances supérieures désireuses de se débarrasser d’un monarque gênant ? Et que dire d’un certain Ranucci, gamin d’une vingtaine d’année guillotiné à la fin des 70’s pour le meurtre d’une petite fille dont on n’est même pas sûr qu’il soit l’assassin ? Eh oui, le problème de la peine de mort, c’est qu’on n’est revient pas. Et qu’elle est par définition punition, donc souffrance. Quand elle s’applique à un innocent injustement condamné, un homosexuel, une femme adultère ou un prisonnier politique, elle est odieuse, vomitive, insupportable …

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En évoquant non plus le pourquoi mais le comment, avec une verve et un souci du détail qui soulève le cœur et tétanise l’esprit, Monestier nous met en face d’un miroir : car ces supplices officiels, faits pour réprimer, sont finalement aussi horribles et inacceptables que les crimes qu’ils châtient. Et cela ne tolère aucune distinction. Comme pour enfoncer le clou, Monestier conclut en listant les pays qui pratiquaient encore la peine capitale au moment de la sortie du livre il y a vingt ans environ … et ce qu’elle punit. Cela fait froid dans le dos, et donne à réfléchir, car en deux décennies rien n’a bougé ou presque.

Et plus si affinités

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