Exposition Présumées coupables : procès de femmes perdues et condition féminine en question ?

Jeanne d’Arc, La Voisin, La Brinvilliers, Violette Nozière, Arletty, … derrière ces noms célèbres, des procès retentissants, pour trahison, sorcellerie, meurtre, … quelques cas de légende qui cachent des milliers de femmes anonymes accusées des mêmes crimes, soumises à la même opprobre, condamnées pour les mêmes fautes. Mais qu’en est-il vraiment ? Les Archives Nationales ont exhumé de leurs fonds documentaires les dossiers les plus marquants afin de façonner l’exposition Présumées coupables, qui revient sur quatre siècles de chroniques judiciaires où la femme apparaît comme la bête à abattre, … et un bouc émissaire bien commode à sacrifier.

Interdire toute marge de liberté aux femmes

Ce sont quelques 320 procès verbaux que les conservateurs ont ainsi trié sur le volet, pour les confronter et les éclairer avec des gravures, des dessins, des illustrations, des lectures. Tout un ensemble de preuves et de témoignages qui déroulent la longue histoire d’un positionnement social aussi violent qu’ambigu et hypocrite. Depuis les sorcières du Moyen Age jusqu’aux tondues de l’Épuration, les représentantes du sexe faible, souvent acculées à commettre l’irréparable comme seul moyen de survie, sont ensuite punies de ces crimes avec une rare sévérité, à titre d’exemple, comme pour interdire toute marge de liberté aux femmes.

Un péril pour les valeurs de la civilisation

C’est qu’en désobéissant aux interdits, en s’affirmant, tout simplement en cherchant à sauver leur peau, ces dames se définissent comme des ennemies du groupe, un véritable péril pour les valeurs de la civilisation, l’équilibre du monde. Diaboliques. Filles de Satan d’abord, infanticides sans pitié, chantres de l’anarchie ensuite, hystériques psychiquement défectueuses à l’heure moderne, si le spectre de l’anomalie évolue, la faute demeure la même, ainsi que ce besoin viscéral de surveillance, exercé par un pouvoir masculin qui cherche à protéger sa suprématie.

exposition virtuelle présumées coupables

La femme, la grande fautive

Ressort de ce parcours l’image d’Epinal de la femme mauvaise, nuancée à chaque instant par l’évocation d’une fragilité humaine que l’appareil judiciaire s’emploie à mettre de côté. Passion, misère, absence d’éducation, pressions familiales, contexte de guerre, tout cela n’est rien face au fil direct de la faute originelle commise par Eve, portée en germe par toutes ses descendantes. A l’heure où l’égalité des êtres est remise en cause aux quatre coins de la planète y compris dans les cultures occidentales dites modernes, l’exposition Présumées coupables met en exergue la facilité avec laquelle on fait de la femme la grande fautive, de par son sexe et sa nature, prétextant ainsi la régression de ses droits, le gommage de son existence en tant que sujet.

Le grand barnum de la Justice

Superbement scénographiée par Martin Michel, orchestrée avec beaucoup de pertinence par les commissaires Fanny Bugnon, Pierre Fournié et Michel Porret, Présumées coupables trace une ligne d’inquiétude passionnante entre le passé et le présent, où l’on distingue avec angoisse et fascination comment la justice porte siècle après siècle une vision déterminée du monde dépassant le cadre propre à chaque cas traité. L’ensemble du parcours multiplie les interrogations tout en faisant acte d’initiation car c’est aussi le grand barnum et les petits rouages de la Justice qu’on explore ici en filigrane, prenant conscience du périlleux exercice à accomplir, entre prise en compte d’une vie humaine et obligation de protéger un système où les destinées particulières sont peu de choses.

Et plus si affinités

Visite virtuelle : https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/visites-virtuelles/presumees-coupables/index.html

http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/web/guest/presumees-coupables-xiv-xxe-siecles