Chanteuses – La chanson française au féminin : où sont les femmes ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet au fil des pages du très beau livre Chanteuses, commençons cette chronique en associant le titre du hit de Patrick Juvet et ces quelques statistiques peu glorieuses :

  • 2020 : sur les deux cents succès les plus diffusés en radio, des musiciens de toutes les générations, aucune chanteuse de quarante ans et plus.
  • En 35 ans d’existence, pas une seule femme n’a présidé les Victoires de la Musique, quatre seulement ont reçu le prix de la chanson originale de l’année.

Inverser la vapeur

Des statistiques de la même eau, on n’en manque guère, pourtant les chanteuses de talent abondent, qui composent, écrivent, interprètent, produisent, programment, remplissent les salles. Mais l’industrie de la musique s’obstine à les laisser dans l’ombre à l’heure des récompenses, quand il s’agit de prendre les rênes. Auteur du très célèbre Les 1000 chansons préférées des Français, Thomas Pawlowski a voulu inverser la vapeur avec Chanteuses – La chanson française au féminin.

En deux cent cinquante pages illustrées par les clichés de grands photographes comme Pierre et Gilles, Marianne Rosenstiehl, Serge Leblon ou Patrick Redferns pour ne citer qu’eux, met en exergue les fondatrices que furent Edith Piaf, Joséphine Baker, Juliette Gréco, Dalida, Annie Cordy ou Mauranne, les exceptions comme Jane Birkin, Isabelle Aubret, Mademoiselle K, Patricia Kaas, les voix du futur telles Angèle, Pomme ou Suzanne.

Chacune son alchimie

Vingt-sept artistes sans pareil au total, un panorama incomplet bien sûr, mais déjà très éclairant sur les richesses d’une scène féminine d’une rare qualité. Elles excellent dans des genres divers, n’hésitant pas à exploser les codes et les barrières pour distiller leur style propre, leur approche personnelle de la musique. Cela passe par des voix bien sûr, des allures aussi, une manière de paraître en scène, des histoires, des mots, des mélodies.

Chacune son alchimie, que l’auteur dissèque d’une plume experte, pour ne pas dire gourmande, tout en interrogeant la place de ces initiatrices dans un univers professionnel d’une rare dureté. L’occasion de découvrir ces combattantes de la scène dans leur conquête d’une autonomie créatrice féconde, et de constater que, si elles sont les grandes oubliées des prix et des charts, elles n’en sont pas moins cruciales dans la pérennité de la chanson française.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur le livre Chanteuses – La chanson française au féminin, consultez le site de Glénat.