Reflet d’artiste : Arnaud BonPublic, passionné artistique, anatomiste musical et animateur humaniste

Moustaches en crocs, l’œil vif, la pipe au bec et la casquette vissée sur le crâne, Arnaud BonPublic n’officie pas  dans les épisodes des Brigades du Tigre mais au cœur de Radio Pluriel, où il anime la très respectée émission Buzzique – Le buzz de la zique locale durant laquelle il plonge dans les entrailles de la vie musicale lyonnaise : un enquêteur donc (finalement le look à la Sherlock Holmes/Valentin/Poirot/Maigret n’était pas si trompeur) qui y consacre 4h30 d’émissions/semaine dont 3 émissions de nuit diffusées de minuit à 1h du mat les mardi, mercredi et jeudi soir, et un gros agenda concert le vendredi de 13h à 14h30.

Un marathon au quotidien donc pour ce passionné de musique et de radio qui a monté le projet il y a maintenant 5-6 ans quand il était encore technicien sur le staff De Lyon en large, émission culturelle animée par Hervé Laurent, toujours sur Radio Pluriel, le samedi de 10h à 12h. Radio Pluriel dont l’absence de formatage et le goût pour les débats, les interviews et l’échange humain vont le convaincre de se lancer, lui qui aime construire ses questionnaires et rester une heure avec les artistes qu’il rencontre pour les faire vraiment parler de leur projet.

C’est qu’Arnaud va l’explorer, cette scène musicale lyonnaise qu’il aime tant, avec un soin d’anatomiste et un constat amer : « un concert au Marché Gare avec 30 personnes, ça fout les boules ». Il a donc monté son émission en partant du principe qu’il y avait suffisamment à brasser pour animer une quotidienne et offrir des repères réguliers à des auditeurs qu’il implique d’ailleurs via Facebook, des podcasts et des annonces sur son wall auxquels ses aficionados répondent par des commentaires et d’autres infos dans un échange perpétuel et convivial.

Et plusieurs objectifs en ligne de mire :

Mettre en lumière les sorties d’album et les concerts, même et surtout les plus petits ;

Valoriser l’ensemble des acteurs du secteur, depuis l’asso jusqu’aux programmateurs en faisant des synthèses de conférences ;

« Rompre le cou à l’idée que les fans d’un style de musique sont des intégristes incapables de comprendre d’autres formes musicales » ;

Amener à affiner les perceptions du public pour l’amener à aller dans les concerts avec un certain nombre de valeurs.

Ainsi quand on voit un petit live gratuit, ne pas acheter sa bière au supermarché mais sur place ; elle est plus chère certes, mais la recette des boissons participera au défraiement des artistes. Essentiel dans ce vivier historique dont le cœur a battu au rythme d’un courant punk fort (Starshooter dont Elliot nous parlait il y a quelques temps), relayé ensuite par Le peuple de l’herbe et le courant électro, puis par Jarring Effect, le tout appuyé par les lieux de concert qui ont fleuri partout en leur temps sur les pentes de la Croix Rousse. En prime ce vivier historique est en perpétuelle mutation, alimenté par les groupes sortis des écoles de musique de la ville, notamment l’ENM de Villeurbanne dont sont sortis les groupes du Grolektif, comme N’Relax, plus pop que jazz, Golden Zip en rock, & Sfonx en funk…, et la Classe de Musique Actuelle du Conservatoire qui porte sur les fonds baptismaux entre 3 et 6 formations par an.

S’inspirant du travail effectué sur France Inter, Arnaud enregistre ses premières émissions en studio puis se dropera ensuite au Double Six pour s’installer finalement au Trokson où je le retrouve pour l’interviewer (l’interviewer interviewé … humour … ok c’est nul, je sors) avant son émission dédiée ce soir-là aux Waggons qui viennent de sortir leur premier album éponyme.  The Waggons, groupe qui témoigne de cette richesse créative régionale dont Arnaud se fait le défenseur de débat en discussion, cherchant à décloisonner les genres, passant du jazz au punk à la trance avec une égale aisance pour donner à ses auditeurs les clés nécessaires à la compréhension des univers musicaux dont il parle tout en faisant le lien avec l’actu (son intro avait ce soir de quoi secouer les consciences).

Nous parlions d’anatomiste tout à l’heure : c’est pas faux … et les 5 Waggons qui débarquent au Trokson vont vite le découvrir. Car Arnaud n’a de bon public que le nom, ironique du reste. Son interview, il l’a préparée et sévèrement, au vu des feuilles de questions qu’il sort et qu’il raye méthodiquement au fur et à mesure qu’il les pose. Et le clavériste des Waggons de rester bouche bée quand il lui sort son CV et lui demande si sa formation en sciences a influé sur son rapport à la musique.  Aaaaaaaaah ! Voilà une question qu’elle est bonne, … et ça va durer une heure comme ça, entrecoupée de chansons tirées de l’album comme des citations musicales, avec un Arnaud qui rebondit de références en remarques comme un voltigeur. Au finish le premier album des Waggons mis à plat, leur univers passé au crible sans perdre de sa magie ni de sa puissance, et des musiciens contents, qui ont vu leur projet sous un autre angle sans pour autant se sentir agressés, ou poussés dans leurs retranchements par des questions tordues.

Sans compter les crises de rire silencieuses et autres petits plaisirs du direct : eh oui à la radio, il y a ce que vous entendez, et ce que vous ne voyiez pas, l’ingé son qui rappelle le timing « 30 sec Arnaud » chuchoté du bout des lèvres avant la fin de la chanson et la reprise d’antenne, l’interviewé qui reste sans voix quand on lui parle pour reprendre quelques instants plus tard : « désolé, j’ai eu un blanc », les pauses où Arnaud demande à ses invités si ça va, si ils sont à l’aise, leur explique comment placer le micro pour qu’on capte bien la voix, les reprises bille en tête pour réamorcer l’interview d’un tonitruant « Et ce soir, on a même une photographe » – merci Arnaud, je suis nulle en photos – et le principal intéressé qui évolue là dedans comme un poisson dans l’eau, avec un humour pince sans rire très british.

Vous pourriez croire que notre aventure s’est terminée à la fin de l’émission et que chacun est rentré tranquillement dans ses pénates. Que nenni ! Encyclopédiste musical à moustache, Arnaud est aussi un hyperactif de l’event. Et comme je ne suis pas en  reste – « Y a un super concert, tu viens ? ça peut être pas mal … » « Oh bah oui, pourquoi pas ? » – nous avons fini à minuit au Ninkasi Kao à écouter/regarder/commenter le concert des Lawless Blossom après avoir difficilement réussi à nous frayer un chemin dans la foule au son des « Salut Arnaud ! » qui ponctuait notre passage toutes les 20 secondes.

La rançon du succès ?

 

Et plus si affinités

Interview des Waggons

http://www.crancra.org/emissions/radio-pluriel/BuzziqueTheWaggons.mp3

 

http://www.radiopluriel.fr/

http://www.radiopluriel.fr/spip/-Buzzique-.html

http://www.myspace.com/thewaggons

http://fr-fr.facebook.com/pages/THE-WAGGONS/446538275178