À couteaux tirés – Glass Onion : Benoit Blanc, un détective qui a de l’avenir !

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Difficile de commencer 2023 en faisant l’impasse sur le succès du film Glass Onion. L’occasion de revenir sur À  couteaux tirés, le premier épisode des aventures de Benoit Blanc, et d’apprécier toutes les qualités de cet héritier d’Hercule Poirot.

À couteaux tirés : a new dectective is born

2019 : À couteaux tirés déboule sur les écrans pré-Covid pour démêler avec un rythme effréné et le plein de suspense la mort énigmatique de Harlan Thrombey, richissime auteur de polars à succès, qu’on retrouve égorgé dans son bureau au lendemain de ses 85 ans. Un anniversaire dont la célébration fut l’occasion de pas mal de clashes avec ses fils, belles filles et petits enfants, encombrante famille de loosers qui vivaient jusqu’à présent aux crochets du patriarche. Patriarche qui mit à profit la petite sauterie organisée pour annoncer à chacun qu’il lui coupait les vivres.

Autant qu’ils lui en veulent tous, d’autant qu’ils avaient bien tendance à l’escroquer. Mais l’ont-ils tué ? Et de quelle manière ? C’est l’énigme que va résoudre Benoit Blanc, élégant détective privé d’une rare intelligence, qui se retrouve parachuté sur cette enquête par un client anonyme. Face à lui, outre toute cette bande de profiteurs qui n’en peuvent plus de mentir et sur les relations et sur leur emploi du temps, une jeune infirmière douce et honnête, coupable d’autant plus parfaite qu’elle ne peut mentir, vomissant à chaque fois qu’elle ne dit pas la vérité.

Il fallait oser : le scénariste et réalisateur Ryan Johnson l’a fait, revitalisant un genre qu’on cantonnait jusqu’à présent aux adaptations récurrentes de Conan Doyle et Agatha Christie, à qui l’on doit du reste les chefs-d’œuvre de ce registre ô combien addictif et très anglo-saxon. Magistralement incarné par un Daniel Craig très à l’aise, Benoit Blanc prend donc la suite de Sherlock Holmes et Hercule Poirot, dont il aurait tendance à mêler certains traits de caractère. Pour lui donner la réplique, Christopher Plummer, Jamie Lee Curtis, Chris Evans, Ana de Armas, Don Johnson, Toni Colette, Michael Shannon, bref du gros du lourd, pour tenir deux heures de suspens narré sur un rythme soutenu, avec moult rebonds et un montage ultra-nerveux.

Glass Onion : Benoit Blanc en Grèce

Et une petite réussite, puisqu’avec un budget initial de 40 000 000 $, le film en a ramené 311 398 301 $ à l’échelle mondiale. Ce n’est guère négligeable, en tout cas, cela a plu à Netflix qui a lâché 450 millions de dollars pour produire l’épisode 2 des aventures de Benoit Blanc, toujours avec Ryan Johnson aux commandes. Si Netflix s’en mêle, c’est que le personnage et son univers ont du potentiel. Et Netflix de l’exploiter avec brio avec Glass Onion. Glass Onion, c’est le nom du bar où Miles Bron a rencontré ses meilleurs amis. Une petite bande qui a réussi : Claire dans la politique, Birdie comme mannequin, Lionel comme directeur de recherches, Duke en tant qu’influenceur. Miles quant à lui est devenu un ponte de la tech.

Seule Cassandra, cocréatrice de l’entreprise Alpha avec Milles, est sur la touche, écartée par son ancien partenaire qui revendique la paternité du projet… et les énormes bénéfices qui vont avec. Évincée au terme d’un procès où tous ses anciens amis ont témoigné contre elle, Cassandra répond néanmoins présente lorsque Miles les invite tous comme il le fait chaque année, pour un week-end de retrouvailles. Cette fois-ci, c’est sur une île privée de Grèce qu’il les reçoit, dans un domaine ultra-connecté dominé par un gigantesque oignon de verre, hommage à leur amitié. Et bien sûr, ça va déraper, gravement.

Pour preuve, Benoit Blanc est de la partie, invité lui aussi… mais pas par Miles ; qui l’a convié ? Il ne sait. Mais très vite, notre fin limier va découvrir que cette histoire d’amitié cache pas mal de clivages et d’arrangements, de manipulations et de pressions, de mensonges et de bassesses. Le tout culmine pendant la murder party orchestrée par Miles, une véritable nuit de démence où les morts s’enchaînent IRL sous le regard un brin moqueur de La Joconde, le célébrissime tableau de Léonard de Vinci que Le Louvre a loué au jeune et fougueux milliardaire (et le Louvre n’aurait peut-être pas dû). Mais au finish, le début de ce dérapage n’a-t-il pas débuté bien avant ? C’est ce que Benoit Blanc va devoir déceler, coincé qu’il est dans cette villa où la domotique tourne à l’aberration, face aux non-dits et à l’hypocrisie de ces millennials sans scrupules, flirtant avec le racisme, le sexisme, la crise énergétique et autres tendances qui les font briller alors qu’ils ne sont rien.

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Dans un cas comme dans l’autre, face à la bêtise, l’avidité et la folie du monde, Benoit Blanc incarne l’équilibre, la réflexion, l’engagement… bref la justice. L’intelligence également, ainsi que l’élégance et la conviction. Allergique aux nouvelles technologies (excepté un vieil Ipod et un jeu vidéo antédiluvien), il ne s’en remet qu’à ses petites cellules grises et sa culture, son bon sens, ses valeurs. Après avoir incarné un James Bond maudit et torturé, Daniel Craig trouve ici un nouveau personnage qui lui va à merveille, à qui il prête un humour, une distinction et une tendresse particulièrement appréciables, et peut-être une petite touche dandy et LGBT ?

Porté par pareil héros, avec un acteur aussi charismatique, ce second opus vérifie la qualité et le potentiel du premier. On soulignera le caractère exceptionnel du décor, l’ironie des situations et des dialogues, un casting éclatant mené bille en tête par Edward Norton et Janelle Monae, avec dans leur sillage, Kate Hudson, David Bautista, Leslie Odom, Kathryn Hahn. Et en troisième ligne, Ethan Hawke, Joseph Gordon-Levitt, Hugh Grant. En caméo : Serena Williams, Kareem Abdul-Jabbar, Yo-Yo Ma, Stephen Sondheim, Natasha Lyonne… et Angela Lansbury, interprète iconique de Miss Marple.

Et puis il y a la critique sociale, mordante. La négligence face à l’épidémie, l’égoïsme, le nombrilisme, l’argent facile, la folie de la célébrité, l’intelligence et la créativité balayés par la bêtise et les faux semblants de réussite : à croire que notre époque ultra-connectée constitue un terrain de jeu idéal pour enraciner un héros comme Benoit Blanc, et développer des whodunits en série. Netflix ne s’y est pas trompé : 82,1 millions d’heures de visionnage sur les trois premiers jours de diffusion, sixième plus gros lancement sur la plateforme, 35 millions de foyers à la louche visionnant ce deuxième chapitre durant le week-end de Noël. Un troisième volet est déjà à l’œuvre. On sera au rendez-vous !

 

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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