Week-end royal : Roosevelt uncensored

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Week-end royal : ou comment George VI a convaincu Roosevelt d’entrer en guerre contre les nazis ? Focale sur un film historique surprenant et humain.

George VI et les États-Unis

Juin 1939. L’Europe regarde l’Allemagne hitlérienne s’étendre, s’attendant au pire. Avec une trop aveuglante confiance pour certains, conscients et angoissés pour d’autres. Les Anglais sont de ceux-là, plus particulièrement le couple royal qu’on pousse à signer un traité de paix afin d’épargner le pays apeuré par les massacres perpétrés en Espagne : c’est clair, Guernica bombardé n’est qu’une mise en jambe pour une action à plus grande échelle.

Parachuté sur le trône suite à la défection de son frère aîné, George VI a beau être timide, peu sûr de lui et dévoré par ce bon dieu de bégaiement qui le handicape, il sait que s’il plie l’échine, s’il ne fait rien, c’en est fait de la monarchie britannique, c’en est fait de son monde, de son peuple, de ses valeurs. Alors il se tourne vers la seule nation à même de l’épauler : les États-Unis.

Un hot-dog pour une alliance

Or les États-Unis détestent les Anglais depuis la guerre d’Indépendance. Le contentieux, datant du XVIIIᵉ siècle, va devoir être soldé. Coûte que coûte. Georges VI le sait. Roosevelt le sait aussi. Le président des États-Unis. Un colosse au mental de fer et aux pieds d’argile. Rongé de polio, incapable de marcher, souffrant le martyre. En train de remettre son gigantesque pays en marche après la terrible crise de 29. Portant à bout de bras le New Deal,  entouré d’une mère tyrannique, d’une épouse au fort caractère, d’une secrétaire qui est aussi sa maîtresse. Et de Daisy.

Daisy. Sa cousine, son amie de cœur, sa confidente. Simple, détachée, humaine, incapable de saisir les arcanes de ce cirque politique, mais s’y pliant malgré tout par affection pour le grand homme. C’est par son regard que le scénariste Richard Nelson et le réalisateur Roger Michell ont choisi de raconter l’émergence de cette improbable et pourtant vitale alliance qui reposera sur… la dégustation d’un hot-dog.

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Roosevelt, protecteur et fragile

L’anecdote est connue : en jetant le décorum aux orties, en mordant la saucisse couverte de moutarde, le monarque annula 200 ans de haine. Une opération de communication orchestrée en sous main par un Roosevelt aux yeux pétillants de malice, qui connaissait particulièrement bien le caractère de ses concitoyens et savait comment s’y prendre pour les séduire. Séduire : un maître mot pour ce tombeur impénitent, couvert de femmes et passionné de pouvoir.

Le film nous le montre « uncensored », par delà le cadre des photos officielles que les journalistes avaient promis de prendre à partir de la taille, occultant les jambes atrophiées, les cannes et les attelles du président. Et c’est un homme que nous découvrons, remarquablement interprété par un Bill Murray étonnant de justesse et de retenue, amoureux, responsable, étouffé et grisé par sa charge. Protecteur et fragile. L’acteur dose chacun de ses effets pour transmettre ces différentes colorations face à toute une galerie de partenaires, tous aussi bons les uns que les autres.

Un peu plus de rythme ?

Laura Linney qui donne à Daisy sa douceur, sa foi et sa colère quand elle se sait trompée, Samuel West qui incarne ce souverain si jeune, apparemment faible, mais si convaincu d’avoir raison sur l’avenir qu’il fait le geste de paix nécessaire,  … dans cette distribution chacun est à sa place. On rit, on frissonne, on comprend mieux pourquoi ce type handicapé a tant plu aux américains, en quoi il incarne ce fameux rêve aux revers de cauchemar, pourquoi on l’a tant pleuré à sa mort. On comprend pourquoi Hitler le craignait tant.

De ce point de vue, le film est réussi, de même les paysages, les cadrages, cette atmosphère à la fois feutrée et hystérique de veillée d’armes. Un seul bémol : le rythme. Ce week-end royal et historique aurait gagné à prendre une allure plus soutenue, plus folle, plus cocasse. Il y avait pourtant matière, notamment quand George VI et son épouse, si guindés, rencontrent cette famille dont le chef est cerné de guerrières au caractère bien trempé, avec lesquelles il entretient les clashs émotionnels. De même quand Hyde Park, la résidence des Roosevelt, est mise en coupe réglée ménagère et que le staff du président doit se réfugier aux écuries pour bosser les dépêches et signer les courriers.

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C’est là que manque un petit grain de folie, cette touche de joyeuse démence que seul un Woody Allen aurait été à même d’amener, dans l’esprit de Radio days ou Bullet over Broadway. Car il faut bien le reconnaître, il fallait être un peu dingue pour jouer le sort du monde sur un hot-dog. Et réussir !

 

Et plus si affinités

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Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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