Des lendemains qui chantent : les années Mitterrand en question

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Pour raconter l’Histoire, deux solutions : l’étude scientifique et approfondie ou l’approche individuelle par le bout de la lorgnette humaine. C’est cette option que Nicolas Castro choisit  avec le film Des lendemains qui chantent :

Les années Mitterrand

Deux frères que tout oppose hormis l’amour d’une même femme, une future énarque aux convictions bien trempées, un entrepreneur de génie accro au sexe, un vieux syndicaliste, un rabbin, une cohorte de communicants … : en une heure et demi, Castro nous donne à voir les années Mitterrand, la ferveur initiale au soir d’une victoire tant espérée, les réalités crues du pouvoir, les déconvenues et les désillusions qu’elles engendrent tandis que la finance, le marketing et la communication dénaturent les valeurs initiales, que les média s’infiltrent dans les arcanes politiques pour en vampiriser le tout.

Adaptation délicate et subtile

De l’élection du 10 mai 1981 à celle de 2002, nous vivons cette métamorphose par le regard de héros du quotidien, qui vont composer avec l’époque, se croisant, se trouvant, s’aimant ou se détestant. Cherchant à se placer dans cet échiquier sans y perdre leurs principes. Adaptation délicate et subtile, servie par un trio éblouissant de justesse, Pio Marmaï, Laetitia Casta, Gaspard Proust secondés de façon magistrale par André Dussollier, excellent dans le rôle du vieux syndicaliste en perte de repères (les séquences avec le rabbin où il donne la réplique à Sam Karmann sont absolument savoureuses de dérision et de tendresse), et Ramzy qui endosse son personnage d’entrepreneur à succès avec détachement et nuances.

Dessiner notre présent

Entre La Conquête qui démonte les arcanes d’une montée au pouvoir et La Bataille de Solférino qui vit les spasmes d’une élection par le prisme de ceux d’un couple, Des lendemains qui chantent offre une vision réaliste et humaine, qui n’est pas sans rappeler le cinéma d’Ettore Scola avec Nous nous sommes tant aimés ou l’écriture scénaristique de Danielle Thomson. Film coloré, Des lendemains qui chantent sait éviter la facilité du vintage flashy pour demeurer dans la finesse du rapport humain, drôle, doux ou conflictuel, souligné avec beaucoup de subtilité par la musique de Jeanne Cherhal.

A voir pour mieux comprendre cette période charnière, pour la vivre du dedans, en saisir les forces et les failles, et percevoir en quoi elle a dessiné notre présent. A voir également pour réinvestir cette responsabilité qui nous incombe tous en tant que citoyens : car Des lendemains qui chantent rappelle avec à propos que la vie politique est avant tout tissée de nos choix et de nos implications.

 

Et plus si affinités

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