Frank : who’s behind this crazy musical mask ?

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Y a des coups comme ça, où quand la lumière se rallume au terme d’une projection, on reste sans voix. Speechless. C’est rare mais ça arrive. Parce que le film était navrant, nunuche, et on se demande qui a eut le mauvais goût de financer ça … ou parce que ce qu’on vient de voir était tellement pertinent qu’on ne sait plus quoi dire … et qu’on panique à l’idée de le chroniquer. C’est le cas avec Frank.

Frank : dingue ? Original ? Visionnaire ?

Vous avez vu le trailer ? Ok, oubliez-le, et foncez visionner le film dans son intégralité. Parce qu’il est unique, magique et juste. L’histoire ? Que vous dire ? Celle d’un groupe de rock génial, mené par un front man charismatique et sans concession (Michael Fassbender absolument sidérant), qui un jour, engage un musicien aux yeux plus gros que le ventre. En quête de succès, le groupe manque perdre son âme. Mais c’est sans compter sur la folie créatrice, dionysiaque qui habite Frank, le génie masqué dans sa tête de bulle.

Dingue ? Original ? Visionnaire ? Frank cristallise tous les mystères de l’imagination artistique. Il fascine, il guide, il encourage. Ses musiciens ne le suivent pas, ils l’accompagnent, en osmose. Et ce nouvel élément extérieur ne perturbera cette harmonie que pour finalement la renforcer. Inattaquable. Indestructible. Car habitée, presque divine. En 90 minutes qui passent comme un rêve drôle, tendre et cruel à la fois, Lenny Abrahamson évoque la beauté tragique de l’acte créatif, sans jamais en déflorer l’énigme.

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Ode à l’artiste qui enchante l’univers

Une sacrée leçon où le réalisateur défonce l’industrie de la musique, l’internet à outrance, la recherche effrénée de succès, la bêtise d’un public-mouton qui gobe ce qu’on lui présente au lieu de cultiver sa curiosité. Demeurent les artistes, seuls face à leurs instruments. Avec leurs codes, leur sacralisation du quotidien, leur lecture du monde. Cette capacité unique à enchanter l’univers. Cette sauvagerie primaire, cette humanité intense qui explosent dans la promiscuité du studio, la claustration prénatale d’une œuvre. Un isolement à hurler de rire, mais qui peut conduire aux frontières fragiles de la faille mentale, de l’autodestruction.

« Chinchilla ! » L’avertissement fait se tordre les internautes conquis par ce loft harmonique ? Certes, mais il désigne une véritable menace, celle de la facilité, de la concession, de l’abêtissement. De la dépression qui terrasse. De la suffisance qui ne pardonne pas son orgueil à l’artiste imprudent. Inspiré par le parcours du musicien anglais Chris Sievey qui a inventé le personnage de Frank Sidebottom, leader du groupe The Freshies, le film, servi par un casting exceptionnel (Domhnall Gleeson, Maggie Gyllenhaal, Scoot McNairy, Carla Azar, François Civil) et je pèse mes mots, sent son vécu. Ce qu’il y a sous le masque de Frank ? Au finish, on s’en tape, ce qui importe, c’est ce qu’il chante, les airs qui jaillissent de son esprit, la manière dont il galvanise ses compagnons de route, dans son Odyssée sans fin.

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Le sel de la vie

Car oui, Frank a quelque chose de mythologique, une épiphanie artistique, un miracle de la création et de la rédemption au terme d’une errance consentie, où le retour aux sources n’est qu’une étape, pas un objectif, encore moins une finalité. Frank, c’est Orphée comprenant combien le sacrifice répété d’Eurydice est vital à son œuvre, c’est Jason qui ne veut pas trouver la Toison d’Or car il sait qu’il en possède déjà l’essence en son sein, et que si d’aventure il met la main sur la véritable toison, il sera déçu car ce n’est qu’une peau de mouton scintillante ; sa véritable puissance vient de l’imaginaire humain qui transcende le réel, pas autre chose.

En bref Frank porte en germe la démesure qu’on trouvait dans un Tommy, du reste les deux intrigues sont cousines, dans cette quête effrénée de la lumière. Quand, au terme du film, Frank, un instant aveuglé par la tentation, retrouve son monde, sa logique, ses valeurs, son langage, c’est dans un halo bleuté d’une infinie tendresse que se recompose l’équilibre du cosmos autour de lui et de ses proches. Et, transportés par la musique (la bande originale, mon dieu, est une pure merveille ), on se réjouit de savoir que quelque part dans le monde, il existe ce genre d’allumés, car ils sont le sel de la vie.

Et plus si affinités

Vous pouvez voir le film Frank en VoD ou en DVD.