Capone : les idoles sont faites pour être fracassées

affiche du film Capone

Capone : condamné à une sorite en VoD because pandémie, le film de Josh Trank a reçu un accueil pour le moins mitigé de la part de critiques et de spectateurs visiblement déroutés par la tournure du biopic consacré aux derniers jours d’Al Capone. Certains ont trouvé le temps long et le scénario sans épaisseur, d’autres ont regretté le manque d’action … et pour cause. Capone n’est pas un film de mafieux ; Capone est un film sur la déchéance d’une idole.

N’être plus rien

Le pitch parle de lui-même : libéré sous caution, c’est un Capone diminué par des années de prison et une neurosyphilis galopante qui réintègre le giron familial en sa propriété de Miami. Le parrain emblématique de la mafia de Chicago n’est plus que l’ombre de lui-même, il n’a plus d’argent, ne peut entretenir son clan. Tandis que l’on vend œuvres d’art, statues, meubles, vaisselle pour éponger les dettes, l’ancien truand se délite, physiquement, mentalement. Un long calvaire, peuplé des spectres de ceux qu’il a tués, jalonné de regrets, de remords, et la conscience de n’être plus rien.

N’être plus rien : ce qu’il y a de pire pour cet immigré italien sorti de la fange par la violence et le crime afin de construire un empire financier et social qu’il gérait d’une main de fer. Une véritable honte que cette dégradation ; tandis qu’il plonge dans l’incontinence et la folie, Capone a-t-il suffisamment de conscience pour regretter une mort en majesté sous les balles ? « Si un jour on m’avait dit qu’y mourrait dans son lit celui-là ! » ; la réplique de Fernand Naudin après la mort du Mexicain, moment clé du film culte Les Tontons Flingueurs, prend ici tout son sens.

A lire également : La Mafia à Hollywood : James Ellroy avait raison !

Tom Hardy sidérant

Surtout quand on y ajoute la réflexion d’un Raoul Volfoni fataliste : « Y’a vingt piges le Mexicain, tout le monde l’aurait donné à cent contre un : flingué à la surprise ». Malheureusement, le sort en décidera autrement, pour Louis comme pour Fonzo, diminutif affectueux d’Alphonse Capone, mais en l’état surnom grotesque du clown pathétique qu’il est devenu. Prématurément vieilli, débile, régressant vers le stade de nourrisson, à peine capable de parler, de dessiner, bien au fait cependant de cette lente décomposition.

C’est là la clé du biopic de Trank, servi par un Tom Hardy proprement sidérant. Le film vaut par son interprétation, ses regards, ses grognements, ses gestes. On savait l’acteur talentueux ; il se révèle habité, possédé, n’hésitant pas à aborder des instants pénibles : la perte de contrôle des sphincters, l’abandon du cigare, l’AVC, l’impossibilité de parler, de communiquer, la violence par rapport à l’entourage, l’effacement de la mémoire … Rien n’arrête ce comédien hors normes qui pulvérise littéralement les codes de représentation du gangster rebelle et tout puissant.

A lire également :  The Mob Museum : au cœur de la mafia !

Capone n’est pas un dieu

En témoigne cette vision saisissante d’un Capone machouillant une carotte, ses couches lui tombant sur les cuisses, sa robe de chambre sale et en désordre, errant dans son jardin paradisiaque pour tirer à vue sur son entourage à coup de Tommy Gun plaqué or. Il fallait oser et Tom Hardy l’a fait, balayant ainsi le mythe de Scarface pour mettre en évidence quelque chose de bien plus effrayant : Capone n’est pas un dieu, encore moins un héros ou un modèle, mais un homme. Et sa fin, longue, douloureuse, est tragique car elle lui rappelle qu’il n’est que poussière.

C’est probablement pour cette raison que Capone, qui devait initialement s’intituler Fonzo, dérange. Le film expose sans fard la démence d’un esprit rongé par la maladie. Ce n’est pas nouveau, le sujet a été traité maintes fois ; mais dans le cas de ce film précis, la superposition se fait avec le genre consacré du film de gangster, héros moderne porté aux nues. Trank et Hardy vont foudroyer ce héros sans pitié, en le ramenant à sa condition première dans une atmosphère qui n’est pas sans évoquer Le Roi se Meurt de Ionesco.

A lire également :  The Highwaymen : killing Bonnie and Clyde …

Forcément le spectateur qui aborde le film Capone avec en tête les interprétations de Rod Steiger, Ben Gazzara ou Robert de Niro pour ne citer qu’eux, ne va guère apprécier ce brutal changement de ton. C’est bien dommage car ce virage est aussi magistral qu’éclairant. Les idoles sont faites pour être fracassées, c’est l’occasion de leur offrir une autre dimension, bien plus cathartique encore. A ce titre, Capone remplit pleinement le contrat.

Et plus si affinités

Pour visionner le film Capone en VoD, cliquez sur la photo.