Festival Hop Pop Hop 2023 : une édition qui claque !

  • 2 jours
  • 3 lieux
  • 4 scènes
  • 30 artistes
  • et un challenge : imposer une prog de talents émergents !

Tu veux faire le plein de good vibes et de sons tout frais, de vibrations inédites et de chair musicalement fraîche ? Le festival Hop Pop Hop est fait pour toi. Et l’édition 2023 devrait particulièrement t’accrocher les tympans.

Pas une seule grosse tête d’affiche

Pas une seule grosse tête d’affiche accrochée au fronton du line-up du très orléanais Hop Pop Hop. Et pourtant, le festival initié en 2016 par la SMAC locale L’Astrolabe fait le plein chaque année, s’offrant même le luxe de résister à la vague covidienne. Il fallait le faire ! Il faut dire qu’aux commandes, on trouve un certain Fred Robbe. Fin connaisseur de la scène musique actuelle internationale, ce grand monsieur n’a eu de cesse, sa carrière durant de valoriser les jeunes talents.

Et il a un flair acéré pour ça, il faut bien le reconnaître ! Audacieux, enthousiaste, la tête sur les épaules : un vrai pro qui n’hésite pas à miser sur les projets les plus inattendus. Pour tout dire, ce fut le premier que nous avons croisé et interviewé durant notre premier Printemps de Bourges en 2011 (The ARTchemists venait de naître, pourtant il nous a fait confiance) : il portait alors le projet FUMUJ, groupe avec lequel il avait testé des installations permettant à des publics malentendants de sentir la musique.

Une prise de risque stylistique et financière ?

Convaincu, passionné, un chevalier JEDI qui continue à défricher inlassablement le chemin pour permettre à des groupes, des artistes d’éclore et de fleurir. Pas évident car beaucoup prétendent aujourd’hui à devenir musiciens, seulement tous n’ont pas l’étoffe, la créativité, la solidité pour ça. Il revient donc à des programmateurs comme Robbe :

  • d’évaluer la durabilité des projets, leur portée et de faire le tri en amont
  • de choisir volontairement des line-up moins prestigieux que les poids lourds type Rock en Seine.

Une prise de risque stylistique et financière ? Pas forcément. Il y a une place pour des festivals comme Hop Pop Hop qui servent de rampe de lancement aux Blur du futur tout en initiant des publics qui n’ont pas forcément accès aux grands festivals (ni les moyens pour se payer des billets devenus inabordables). Grands festivals par ailleurs tenus à des impératifs de rentabilité absolue. Bref, si tu veux trouver des valeurs sûres dans un paysage musical sursaturé par des produits musicaux formatés, sans couleur ni odeur, c’est vers des events type Hop Pop Hop qu’il faut te tourner !

Un décloisonnement à marche forcée

En matière de musicos bourrés de talent et de potentiel, l’édition 2023 de Hop Pop Hop n’en manque guère. Pour tout dire, je peine à choisir des favoris dans les trente noms qui composent l’affiche, ce qui est rarissime pour votre humble servante. Ils viennent des quatre coins de la planète, s’illustrent dans des genres différents, mais sont tous des flèches, des pointures. On va donc la jouer en mode transversal, et tenter une synthèse qui sera forcément castratrice.

Première claque : le grand écart stylistique opéré par la prog a tout pour te faire vivre un grand huit émotionnel. Cela se traduit par :

  • Les belges de Sons, dont je savoure quotidiennement ou presque le tripant « Succed » en tête de ma playlist. Fleuron post punk chargé d’adrénaline, le quatuor déploie ici et comme à son habitude une énergie acide qui te bouffe le cerveau, les oreilels et les tripes. Grand moment !
  • Aux antipodes, on trouve la douceur de Radio Hito, projet d’une infinie douceur porté par la très inspirée Zen My Nguyen, ses claviers, ses paroles en italien.

Et les deux jours de Hop Pop Hop sont comme ça : un éventail de ressentis particulièrement forts, une explosion des codes, des définitions, des émotions. Bref un décloisonnement à marche forcée qui fiche un grand coup de latte dans la pétaudière des hits pré-formatés dont on nous gave à longuer de post Insta. Oxygénation intellectuelle en urgence : HPH remplit sa mission d’ouverture des méninges avec un succès incontestable, et nous rappelle au passage que la musique, ce n’est pas que la daube infecte dont nous alimentent les algorithmes.

Tendances à suivre !

Ce qui m’amène à un deuxième constat : vive les mélanges, les croisements, les expérimentations. Ici les genres bougent, nous sommes dans un labo où chaque artiste donne à voir sa manière de trafiquer les styles pour accoucher d’un projet bien à soi, dans lequel chaque spectateur se reconnaître.

  • À ce titre, la Botte est ici représentée de manière dynamique par des pépites comme l’electro Dame Area ou Ada Oda (un groupe belge qui chante en italien) et son rock en lame de rasoir, preuve que la patrie de Dante n’a rien perdu de son mordant.
  • L’Ailleurs enraciné dans l’Ici ? Kutu, Nana Benz du Togo, Etran de l’Aïr, trois façons de mêler grattes, synthés, machines et folklore, de repenser intégralement les musiques du monde, l’influence ethnique.
  • La poésie des sons ?
    • Borja Flame et son approche onirique de la compo sur laquelle s’enroulent des textes en espagnol ;
    • Hippie Hourrah, venu de son Canada natal avec une valise de compos psyché ciselées comme de magnifiques hanaps de cristal ;
    • Nikola qui branche un rock en apparence sage avec un flow rap ; l’effet est plus que séduisant.
  • Power duos are the best !
    • O.: Une fille, un garçon, des drums, un saxo = un power duo en apparence allumé, en fait structuré à la note près, qui hybride rock, jazz et dub sans faire de quartier. D’une efficacité redoutable !
    • Elles sont punk, elles sont deux : Grife. Diane et Victoria, une basse, un tom, un goût affirmé pour le tronçonnage comme syndrome prémenstruel. Génial et guttural, des guerrières qui ont la langue et le mediator bien pendu !
  • Vive ces dames justement : pas de bonne prog sans une focale sur la prod au féminin. On retiendra quatre noms
    • Cate Hortl et son électro glaciale comme la banquise avant le réchauffement climatique, à moins qu’il ne s’agisse d’une lame de guillotine suspendue dans l’air, prête à frapper ?
    • Lisa Ducasse, venue de son Île Maurice natale avec des mélodies envoûtantes de sirène mélancolique en mal d’amour.
    • Eloi, des textes dark, des cadences torturées, une dark pop matinée de minimal et une tendance certaine à brûler ses rêves comme ses ours en peluche.
    • Alice: trois Suissesses, un synthé, une boite à rythme, des textes mélancoliques faussement candides, poignants de souffrance contenue, pudiques… et un sens certain de la mise en scène rentre dedans avec de tout petits moyens. Arte Povera vaincra !!!!
  • Accords bruitistes avec les Anglais de Maruja, les Irlandais de Gilla Band, le belge Bothlane : trois façons d’aborder la distorsion mélodique comme un art de vivre, de penser, de dévorer la mélodie

C’est un bref aperçu que j’effectue ici, le mieux est encore d’être sur site et de se laisser porter d’une scène à l’autre pour savourer les prestations scéniques de tout ce petit monde. Car un bon live ne ment jamais. Cela entre aussi dans l’équation. Là aussi, mission accomplie. Après deux jours de festoches, nous revenons avec le plein de talents à suivre, de musiques à écouter/réécouter pour le meilleur du meilleur ! Mission accomplie pour Hop Pop Hop 2023 et à l’année prochaine !

Et plus si affinités

Pour suivre l’actu du festival Hop Pop Hop, voir les photos de l’édition 2023 et vous informer de l’édition 2024, suivez le site de l’événement ainsi que son compte Instagram.

Posted by Padme Purple

Padmé Purple est LA rédactrice spécialisée musique et subcultures du webmagazine The ARTchemists. Punk revendiquée, elle s'occupe des playlists, du repérage des artistes, des festivals, des concerts. C'est aussi la première à monter au créneau quand il s'agit de gueuler !