Expositions en vrai dans la vraie vie : Mugler couturissime ou casual jean ?

affiches des expositions Thierry Mugler et Jean

« S’habiller est un mode de vie », disait un certain Yves Saint Laurent, qui en savait un peu quelque chose, si l’on en croit le bout de carrière qu’on lui connaît. Seulement, il y a mode de vie et mode de vie. De fait, la mode évolue sur un long fil de nuances qui relie la haute couture et la street fashion. Si l’on en doutait encore, il suffit d’enchaîner les expositions consacrées à Thierry Mugler et au jean pour s’en convaincre.

Thierry Mugler, Couturissime Musée des Arts Décoratifs

Enfin elle est là ! Installée en majesté dans les salles du MAD, l’exposition retrace la carrière haute en couleur et particulièrement créatrice du styliste Thierry Mugler, de 1973 à 2014. Une carrière qui va révolutionner la haute couture avec une audace folle, et initié le profil de la « glamazone », femme émancipée ô combien, néanmoins iconique par sa silhouette sophistiquée à l’extrême. Entouré des super-modèles des années 90, Mugler transforme la femme en insecte ou en oiseau, en robot ou en moto. Rien ne l’arrête, il touche à tout avec une imagination incroyable, un goût sûr, un sens flagrant, presque extralucide des matières et des formes.

Le parallèle avec Jean-Paul Gaultier saute aux yeux, tandis que ces deux trublions inondent le marché de leurs parfums, reflets olfactifs de ces univers néo-baroques à la flamboyance assumée. Mode spectacle pour sûr, qui hybride les arts, les mélange avec bonheur, musique, expression corporelle, photographie, théâtre … La salle consacrée aux costumes créés pour le Macbeth de la Comédie-Française en 1985 met en évidence le caractère dramaturgique de cette haute couture hiératique, surchargée de symboles électriques, élaborée comme un rituel, pour accoucher des déesses modernes.

Jean Cité des sciences et de l’industrie

Changement de lieu et de genre avec l’exposition consacrée au jean par la Cité des sciences et de l’industrie qui décortique ce business ultra-lucratif avec un réel bonheur. Il y a de quoi faire, sachant qu’on vend actuellement 73 jeans à la seconde à la surface du globe. Histoire du tissu, histoire du vêtement, il faut commencer par la base, revenir aux sources de l’étoffe pour saisir son cheminement culturel, depuis les plaines du Far West quand le jean protégeait les cowboys rassemblant les troupeaux, jusqu’aux catwalks des fashion weeks du XXIeme siècle, où le denim se décline de toutes les façons possibles, à la limite du caricatural.

Indissociable de la libération des mœurs, de l’univers rebelle des motards et du rock, le jean n’est plus seulement casual ; les plus grands le configurent à leur sauce. Et pour cause, le jean résulte d’un cheminement depuis la culture du coton jusqu’aux finitions, cheminement qui pose question éthique, entre surconsommation d’eau et de pesticide, conditions de travail fast fashion… Comment sortir de cette spirale infernale ? L’exposition aborde tous ces points au fil d’un parcours immersif et interactif d’une rare précision, qui fouille la thématique de fond en comble avec un œil à la fois technique, logistique, marketing, sociétal, culturel et artistique.