Expositions en vrai dans la vraie vie : mode des lumières ou essence de la gastronomie ?

Affiches des expositions L'art de paraître et Banquet

Manger, se vêtir : des impératifs de survie qui, au fil des siècles, sont devenus les facettes particulièrement fascinantes d’un art de vivre. Deux expositions, A la mode – L’art de paraître au XVIIIeme siècle et Banquet, en interrogent les arcanes, à Nantes et à Paris.

À la mode – L’art de paraître au XVIIIeme siècleMusée d’art de Nantes

Pour comprendre la portée de cette exposition, il suffit de se rappeler l’introduction du film Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears : on y découvre le long rituel d’habillage de Mme de Merteuil (Glenn Close) et Mr de Valmont (John Malkovich), toilette, coiffure, maquillage et ajustement des différentes parties de costumes superbes. Il s’agit de briller dans les salons bien sûr, mais aussi d’incarner sa caste tout en imposant sa personnalité sans la dévoiler. L’habit est à la fois représentation et camouflage, élément de séduction et armure.

D’où son importance dans les portraits de l’époque, où nobles et bourgeois posent en tenue d’apparat ou en déshabillé, mais dans une posture toujours étudiée pour transmettre un message sur le statut, l’état d’esprit. C’est le but de l’exposition A la mode – L’art de paraître au XVIIIeme siècle proposée par le musée d’art de Nantes que d’explorer les liens entre mode et peinture, les deux univers interagissant alors fortement pour dicter les tendances et progressivement initier de nouveaux diktats de l’apparence.

« Phénomènes de mode », « Les peintres et la fabrique de la mode », « Fantaisies d’artistes », « Pour une histoire du négligé-déshabillé » : séquencé en quatre chapitres, le parcours fait dialoguer deux cents pièces, costumes, accessoires, tableaux prêtés par le Palais Galliera, les châteaux de Versailles et Ecouen. C’est l’occasion de découvrir la magnificence des habits de l’époque, les différents styles, le travail des étoffes, des broderies, la simplification graduelle de tenues à la source très complexes tandis que, sous l’influence des philosophes, les femmes et les hommes du XVIIIeme siècle réclament plus d’aisance et d’intimité.

BanquetCité des sciences et de l’industrie

Il y a la mode et il y a la table. Au XVIIIeme siècle, on se pare pour ensuite s’exhiber dans les bals et les dîners qui les précèdent. En parallèle de l’art de se vêtir, apparaît donc l’art de bien manger. La gastronomie va ainsi se constituer en patrimoine culturel que l’exposition Banquet initiée par la Cité des sciences et l’industrie décompose en trois axes : « La cuisine », « L’amuse-bouche », « Le banquet ». Soit trois temps d’une dramaturgie sensorielle et symbolique puissante qu’on dissèque ici avec minutie et pédagogie.

Immersif et ludique, le parcours développé plonge le visiteur dans une cuisine laboratoire où il découvre que préparer un mets est un savoir-faire presque chimique, qui implique température de cuisson et alliage de saveurs. Goût, odeur, texture, couleur … l’aliment est mystérieux, il faut en explorer les différentes facettes pour en révéler les richesses, en sublimer le potentiel dans la préparation d’un plat : c’est le second temps de cette initiation. Reste ensuite à passer à table lors d’un repas digital créé par le chef Thierry Marx et le scientifique Raphaël Haumont.

Le clou du spectacle donc, mêlant mapping, sons, parfums pour mettre l’eau à la bouche tout en réfléchissant à l’apport du cérémonial dans la perception du mets. L’ensemble a pour finalité de révéler les techniques et les alchimies à l’oeuvre derrière une recette. C’est que la gastronomie n’est pas seulement un art, c’est aussi une science que l’exposition donne à découvrir de l’intérieur, avec le concours de grands chefs, via des vidéos, des conférences, des ateliers. Pour sûr, après cette visite, vous ne verrez plus votre cuisine de la même manière !