Exposition C’est demain que nous partons – Lettres d’internés, du Vel d’hiv à Auschwitz : écrire à tout prix, un patrimoine d’horreur et d’amour

Exposition C’est demain que nous partons – Lettres d’internés, du Vel d’hiv à Auschwitz

Dans le cadre de la commémoration des 80 ans de la rafle du Vélodrome d’Hiver, le Mémorial de la Shoah propose l’exposition C’est demain que nous partons – Lettres d’internés, du Vel d’hiv à Auschwitz, qui explore comment les personnes raflées puis internées essayaient de correspondre avec leur entourage. Une question absolument cruciale.

Comment témoigner de l’impensable ?

C’est qu’alors, une fois arrêté, on était proprement soustrait à la vie quotidienne, rayé de la carte. Une fois passé le seuil du Vélodrome d’Hiver, du camp de Drancy, impossible de s’enfuir ou de communiquer avec l’extérieur. Comment alors prévenir ses proches ? Pour obtenir un peu de nourriture, quelques vêtements chauds, des médicaments ? Comment à la fois témoigner de l’horreur de la situation, pour protéger les siens en évitant qu’ils se fassent prendre à leur tour tout en les rassurant quand soi-même, on sent que la situation est tragique ?

La chose est d’autant plus complexe qu’on manque de papier, qu’on n’a rien pour écrire, qu’on ne sait pas écrire pour ceux qui viennent de l’étranger et parlent mal le français… Et puis, les autorités veillent, soucieuses de taire ce qui se passe réellement pour éviter l’émeute. Certains profiteront du passage des pompiers venus apporter leur secours au cœur du Vel’ d’Hiv pour faire sortir clandestinement de très rapides messages. D’autres lanceront des missives tracées à la va vite, depuis les trains les emmenant vers la mort.

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Témoignages sur le vif

Toutes ces lettres sont à la fois des preuves de l’horreur et des témoignages d’amour. Un patrimoine qui permet par ailleurs de mieux comprendre la manière dont fonctionnait la logique concentrationnaire, l’absence de communication participant à la terreur ambiante, la volonté d’échapper au secret participant de l’espoir et de la dignité. Comme l’expliquent à raison les commissaires d’exposition Karen Taieb  et Tal Bruttmann :

« Ces lettres sont le témoignage sur le vif de la réalité vécu par les personnes arrêtée, internée, avec pour seul filtre les précautions que l’on prend quand on s’adresse aux gens qui nous sont chers, pour ne pas les blesser, les inquiéter davantage. Leur contenu est parfois très pragmatique, terre à terre, avec des conseils sur la conduite à tenir, ou des demandes d’approvisionnement en tout genre. Parfois, elles sont pleines de réflexion sur le passé ou sur l’avenir, sur la foi ou les rapports entre les êtres humains. Chaque courrier est un instantané, pris sur le vif, qui renseigne précisément sur ce que les déportés savaient de la « destination inconnue » où on les envoyait ».

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Voici pourquoi, face aux lettres présentées, on trouve des photos, des dessins, des cartes, une iconographie essentielle pour faire le lien entre les ressentis de ces gens, leur écriture anxieuse opposée aux sourires affichés sur les portraits des temps heureux et au récit de leur destin funeste. Une manière particulièrement poignante de mesurer l’atroce réalité à laquelle ils étaient confrontés.

Et plus si affinités

L’exposition C’est demain que nous partons – Lettres d’internés, du Vel d’hiv à Auschwitz est actuellement hébergée dans l’enceinte du mémorial de Drancy ; on peut aussi en avoir un aperçu dans la cour du CERCIL d’Orléans et aux abords du mémorial parisien, face au Mur des Justes.

N’hésitez pas à consulter notre album photos de l’exposition.