Exposition Frida Kahlo, au-delà des apparences : peintre et modeuse… Et Frida créa Kahlo !

affiche exposition Frida Kahlo Palais Galliera

Icône de la peinture mexicaine, visage des luttes féministes et porteuse d’un récit tragique, Frida Kahlo fascine incontestablement. Quelle joie de voir le Palais Galliera – Musée de la Mode, lui consacrer, loin des clichés, l’intime et émouvante exposition Frida Kahlo, au-delà des apparences. Coup d’œil sur les pièces incontournables d’une expo-évènement.

Kahlo était sa propre muse

Mug, pull, tote bag, tapis de souris, le visage emblématique de Frida Kahlo connaît les mêmes affres que ceux de Marylin Monroe, Elvis ou encore Tupac : être reproduit ad nauseam sur des produits de grande consommation. Mais comment entretenait-elle ses célèbres sourcils ? Quelle marque de rouge à lèvres utilisait-elle ? D’où venaient ses vêtements et ses bijoux ? Vénérée pour l’ambiguïté de son regard autant que pour ses peintures saisissantes, Kahlo était sa propre muse, réalisant jusqu’à 55 autoportraits au cours de sa vie et ne cessant d’y revenir. L’exposition explore les objets qui composent le look inimitable de la mexicaine.

Récit visuel d’une vie hors normes autant que portrait tridimensionnel de l’artiste, le parcours présente près de 200 objets au public français (après avoir fait en 2018 le bonheur des Anglais au Victoria et Albert Museum de Londres). Objets arrivés tout droit de la Casa Azul, ancienne résidence de Kahlo où elle aura vécu toute sa vie et désormais musée consacré à son existence et à son œuvre. Exhumés d’une pièce mise sous-scellée depuis 1957 par Diego Rivera, son célèbre muraliste de mari, ces objets sont réapparus fin 2003 pour reprendre l’histoire bien connue de la vie de Kahlo, mais avec de nouvelles perspectives : album de photographies d’églises prises par son père germano-hongrois, journaux intimes, appareils médicaux et corsages ornés de symboles qu’elle portait après l’horrible accident qui la hantera toute sa vie, mais surtout vêtements, bijoux et produits cosmétiques… dont il aura fallu 4 années entières pour être référencés.

Corset en plâtre peint par Frida Kahlo. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection – Javier Hinojosa, 2017

Corset en plâtre

Les problèmes médicaux de Kahlo remontent à son enfance, lorsqu’elle a contracté la polio, sa jambe droite devenant plus courte que la gauche. À l’âge de 18 ans, elle faillit mourir en revenant de l’école en bus. Son véhicule entra en collision avec un tramway, la jeune fille fut empalée par une rambarde. Plusieurs opérations importantes la cloueront au lit pendant une grande partie de sa vie, son dossier médical suggérant même que l’accident l’a rendue stérile. Après les opérations, Kahlo sera obligée de porter des corsets orthopédiques en plâtre ou en cuir. Esthète, elle les transforme en artefacts d’une grande beauté en les peignant. Les corsets exposés au Palais de la Mode font partie des objets les plus rares de l’exposition.

Huipil en coton brodé, jupe en coton imprimé, galon, volant de dentelle. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection – Javier Hinojosa, 2017

Huipil

L’interprétation de la robe traditionnelle par Kahlo continue d’influencer l’image contemporaine de la femme mexicaine. Adoptant une approche avant-gardiste pour honorer sa culture natale, l’artiste a porté des articles provenant de différentes régions du Mexique. Ce huipil est typique du style Tehuana, tandis que le large volant de dentelle sur la jupe, appelé holan, provient de l’isthme de Tehuantepec. Imprimée de motifs floraux et doublé de pois, une partie du tissu aurait été importée de Manchester, en Angleterre, ajoutant une autre couche d’hybridité culturelle. Ces tenues étaient portées au quotidien, même pendant ses séances de peinture. Elles n’étaient pas seulement confortables, elles couvraient également ses corsets médicaux, mais d’une manière qui embrassait fièrement sa culture et sa féminité.

Autoportrait au Resplandor, Frida Kahlo, 1948. Collection privée. © Diego Rivera and Frida Kahlo archives, Bank of México, fiduciary in the Frida Kahlo and Diego Rivera Museums Trust

Resplandor

Cette coiffe en dentelle amidonnée était généralement portée par les femmes de la région de l’isthme de Tehuantepec, dans le sud du Mexique, aux 18e et 19e siècles, lors de mariages, fêtes religieuses ou processions. Dans la ville de Juchitán de Zaragoza, elle était connue sous le nom de resplandor. La version de Kahlo est faite de trois sortes de dentelle blanche garnies d’un ruban rose, et pouvait être portée de deux façons : pour encadrer le visage, ou comme une cape. Il existe peu de portraits de l’artiste arborant cette coiffe (2 peintures seulement !) … ce qui suggère que ces rares moments étaient particulièrement significatifs.

Collier en pierres de jade précolombiennes assemblées par Frida Kahlo. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection – Javier Hinojosa, 2017

Perles de jade précolombiennes

Autre façon d’être en avance sur son temps pour la peintre : mélanger la mode traditionnelle mexicaine et l’européenne. Bien qu’il n’existe aucune trace de l’endroit où elle a acquis ces perles de jade, ces dernières témoignent de l’intérêt constant de Kahlo pour l’art préhispanique. Diego Rivera était lui-même collectionneur de ces objets et l’a peut-être aidée à les acquérir. Ce collier – qui devait être très lourd à porter – apparaît sur de nombreuses photographies de l’artiste. Il y a même des traces de peinture verte sur certaines de ses pierres, ce qui suggère qu’elle mélangeait les peintures pour obtenir des teintes vertes pour certaines de ses toiles.

Prothèse de jambe avec botte en cuir et soie brodée de motifs chinois. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection – Javier Hinojosa, 2017

Prothèse de jambe avec botte en cuir

La jambe droite de Kahlo a été amputée en 1953, mais trois mois plus tard, elle a réappris à marcher. Cette prothèse très décorative, aux somptueux motifs d’appliques et de dragons, est un autre exemple de la manière dont Kahlo s’est émancipée malgré ses problèmes médicaux. Plutôt que de la freiner, la prothèse est devenue un élément précieux de son identité et de sa sensualité. Fruit d’une commande spécifique, ces bottes en cuir rouge décorées de nœuds, de clochettes, de lacets et de soie brodée chinoise inspireront, 45 ans plus tard, Alexander McQueen lorsqu’il fera défiler l’athlète paralympique Aimee Mullins avec des prothèses en bois magnifiquement sculptées.

Fard à joue. © Museo Frida Kahlo – Casa Azul collection – Javier Hinojosa, 2017

Poudre et rouge à lèvres Revlon, planches d’émeri et crayon à sourcils

Élément fondamental du look iconique de Kahlo : son maquillage. Ses sourcils bien dessinés, ses joues, ses lèvres et ses ongles rugueux étaient importants pour l’artiste en tant que symboles de vivacité. Revlon était sa marque fétiche, la société de maquillage ayant ouvert une usine au Mexique en 1948. Pour son célèbre monosourcil, elle utilisait le crayon à sourcils Revlon en Ebony. Diego Rivera dira lors de leur première rencontre : «Des sourcils sombres et épais se rejoignaient au-dessus de son nez. Ils ressemblaient aux ailes d’un merle, leurs arcs noirs encadrant deux extraordinaires yeux bruns« .

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur l’expositionFrida Kahlo, au-delà des apparences, consultez le site du Palais Galliera – Musée de la mode de la Ville de Paris.

Dieter Loquen

Posted by Dieter Loquen

Natif de Zurich, Dieter Loquen a pris racine à Paris il y a maintenant 20 ans. On le rencontre à proximité des théâtres et des musées. De la capitale, mais pas seulement. Il aime particulièrement l'émergence artistique. Et n'a rien contre les projets à haut potentiel queerness.