L’invention du luxe à la française : genèse d’une industrie toujours florissante

documentaire L’invention du luxe à la française

Beauté, innovation : les deux mamelles originelles du luxe tel que Louis XIV et son ministre Colbert le définirent au XVIIeme siècle. C’est cette genèse que restitue Stéphane Bégoin dans le documentaire L’invention du luxe à la française ; et ce n’est pas peu dire que cet accouchement fut mouvementé.

Une guerre économique féroce

En 90 minutes alternant fiction, témoignages et explications d’experts, le réalisateur met à plat les différents temps d’une aventure économique fondatrice. Pôle d’attractivité irrésistible, véritable fleuron culturel, le luxe made in France vit en effet péniblement le jour dans un royaume mis à mal par un siècle et demi de guerres. Pour revivifier la santé financière d’un pays initialement agricole, le Roi Soleil décide de miser sur le haut de gamme. Problème : les objets de luxe, miroirs, porcelaine, tissus, sont produits à Venise, en Chine, en Angleterre… L’argent de l’aristocratie hexagonale fascinée par ces magnifiques créations file ainsi à l’étranger au lieu d’alimenter les entreprises du cru. Inacceptable.

S’ensuit une guerre économique féroce, où tous les coups sont permis, surtout les plus vicieux. Pour donner à la France un marché du luxe, il faut aller en percer les secrets à la source. Or ces secrets sont jalousement gardés, en témoigne l’extrême prudence de la république vénitienne quant aux procédés de fabrication des grands miroirs que l’Europe s’arrache alors. Qu’à cela ne tienne. Ambassadeurs et messagers observent ce business retranché sur Murano, on débauche certains artisans qu’on embarque discrètement à Paris pour qu’ils créent des ateliers, partagent leurs savoir-faire… et qui se font occire par des assassins payés par Venise.

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Imposer l’art de vivre à la française

Un épisode parmi tant d’autres d’une période où espionnage industriel, transfert technologique, enlèvements et fraudes font partie du quotidien du bureau des commerces chargé par la monarchie de gérer et surveiller la production manufacturière, de l’encadrer, de la réglementer, de la valider. Objectif :

  • tenir la compétition avec d’autres pays européens, Italie, Allemagne et Hollande en tête

  • imposer l’art de vivre à la française via ses productions haut de gamme.

Au XVIIIeme siècle, il n’est plus seulement question de créer, il faut innover. Et pour y parvenir, on couple l’activité des artisans avec celles des scientifiques. En découlent l’avènement des porcelaines de Sèvres, des procédés de teinture inédits, le perfectionnement des métiers à tisser… et la création de pièces stupéfiantes de beauté, qui n’en finissent plus d’éblouir le public. « Susciter le désir » : le luxe à la française, mis en avant par des souverains que tous imitent, créateur d’emploi et de richesse, alimente d’autant plus la controverse. Pur artifice, il corrompt les mœurs. Il est surtout progressivement dérégulé afin de tenir un rythme de croissance qui va l’appauvrir.

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Un cercle vicieux agrémenté d’anecdotes et d’archives qui donnent à voir une stratégie de développement sur le long terme, une projection dans l’avenir, une planification réussie puisque, aujourd’hui encore, le luxe à la française rayonne aux quatre coins du monde comme une valeur cardinale, d’excellence, de tradition et de modernité mêlée. Comme quoi, le Roi Soleil et son ministre avaient vu juste.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner le documentaire L’invention du luxe à la française sur ARTE.