Chef’s table : délicieux portraits d’explorateurs gastronomiques

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Nous avons besoin de beau, de mémorable, d’anthologique et de décalé. En ces heures délicates, le rêve devient vital. Chef’s table s’impose comme une évidence, une porte de secours donnant sur une cuisine merveilleuse où la préparation des mets se sublime en acte sacré. Art des papilles, des narines, des yeux. Des plats que l’on réalise comme on le ferait d’une œuvre d’art, d’une miniature sur faïence, d’une pièce d’orfèvrerie.

Précieux, les six chapitres qui composent la première saison de cette série réalisée par David Gelb sous la houlette productrice de Netflix renvoient les Masterchef et autres reality shows culinaires au stade de la gentille sauterie sur les autoroutes du bien bouffer. Place aux dieux ! Pour cette première salve introduite par un générique baroque aux accents revisités de Vivaldi, ce sont six des chefs les plus prestigieux de la planète que Gelb approche.

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Avec la volonté de cerner ces profils pour le moins étranges et complexes, qui par leur vision, leur volonté, leur créativité, leur enthousiasme sont tout simplement en train de transformer les fondations traditionnelles de la gastronomie. Massimo Bottura en Italie, Dan Barber ou Niki Nakayama aux USA, Francis Mallmann en Patagonie, Ben Shewry en Australie, Magnus Nilsson en Suède : disséminés aux quatre coins du monde, ces alchimistes portent les armes d’une cuisine pensée comme une lecture philosophique de l’existence et de ses mystères.

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D’une beauté saisissante, les images flattent les produits, se concentrent sur les visages, les gestes. L’harmonie des préparations alterne avec des entretiens d’une grande pertinence qui positionnent chaque chef dans un vécu, des influences, un univers déterminé. Le feu, la terre, l’eau, l’air, les éléments sont très présents dans cette recherche quasi organique et primitive du beau et du bon universels. Charnel, sensuel pour certains, abstrait et désincarné pour d’autres, ce parcours vers l’élévation culinaire partage le sens de la prise de risque.

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Tous ont joué leur carrière sur un coup de dé, partant au loin apprendre leur travail, se perfectionnant sans cesse, s’endettant pour engendrer un restaurant, osant les alliances de saveurs les plus osées, au risque de déplaire. Leur sort heureux, ils le doivent au hasard d’une rencontre, un critique gastronomique qui soudain dévoile leur talent au monde quand ils demeuraient dans l’ombre d’un anonymat régional. Passionnés par leur métier, il le vivent comme une vocation, un sacerdoce qui ne souffre aucune rivalité : famille, épouse, enfants, parents, amis, leur monde prend appui sur cet axe central et vital qu’est la cuisine.

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Ici le rêve prend des couleurs plus nuancées, quand on touche aux limites de cet engagement complet, qui absorbe toute considération. Cette cuisine d’exception se mérite, et les gastronomes doivent pour y accéder s’écarter des chemins conventionnels, au propre comme au figuré pour s’abandonner. C’est peut-être ce qui manque à cette saga, l’avis des amateurs de sensations gustatives. Si les critiques spécialisés apportent leur éclairage à ces portraits si précis, on aimerait partager le ressenti de ceux qui découvrent ces sphères. Autre grand absent, le coût de ces menus incroyables, splendides certes mais onéreux et par contre coup réservés à une élite, ce qui est bien dommage, car cet art devrait être partagé de tous.

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Et plus si affinités

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