A l’avant-garde : Pierre Leblanc – Les Mutants

Il revient en boucle sur The ARTchemists, faisant les beaux jours de la rubrique « Avant-garde » depuis le 31 août 2012, date de notre première chronique le concernant … et ce n’est pas pour rien. Humblement, patiemment, avec autant de d’originalité que de bon sens, Pierre Leblanc photographie les dérives de notre société. Pas seulement pour les montrer, mais pour en faire sentir l’impact profond. C’est de nouveau cas avec la série « Mutants ».

Mutants … une série de portraits souriants, des gens joyeux en train de manger, qui une saucisse, qui une tartine, qui une pomme … ravis, grand sourire, allure dynamique, conquérante presque … De vraies figures de pub, un rêve de marketeur, sur fond bleu neutre et serein … on aimerait leur parler tant ils ont l’air sympas et biens dans leur peau.

Leur peau justement … on n’y a pas fait attention au premier regard, et puis on remarque les boutons, les vergetures, les plaques, les rides … le nez qui saigne, la difformité des corps, les membres racornis, les gençives édentées … Imperceptiblement, sous nos yeux, chacun se transforme, se décompose … par ce qu’il mange et parce qu’il mange.

Déformé, rongé, reprogrammé par l’aliment qu’il ingère, bourré de perturbateurs endocriniens, d’organismes génétiquement modifiés, d’additifs, de conservateurs, d’exhausteurs de goût, … le consommateur se zombifie doucement à grand renfort de malbouffe, enrichissant au passage une industrie agro-alimentaire sans scrupule. Et là, il convient d’observer ce que mangent ces mutants.

Dans leur main, leur assiette, dix-sept produits alimentaires transformés en usine, vendus en grande surface. Des succès commerciaux propulsés par la magie publicitaire. Facilement identifiables malgré l’absence de logo … preuve qu’ils sont désormais ancrés dans l’inconscient collectif par la puissance du neuro-marketing. Comment alors lutter, réagir ? Dire non ? Stopper cette spirale destructrice ?

En informant : d’où le QR Code inscrit en bas de chaque portrait qui mène à une fiche détaillant les modalités de cet empoisonnement généralisé et consenti avec le sourire. Mais informer n’est pas tout dans cet océan de données qui avale l’attention. Il faut marquer les esprits, sensibiliser. c’est le travail de l’artiste que d’inventer des stratégies pour donner à ressentir dans son cerveau et ses tripes.

Fidèle à ses valeurs, soucieux de cibler les menaces du moment, Pierre Leblanc embarque ses compères David Le Mevel et ArtKan dans l’aventure, pour aller à contre-courant des aveuglements et gripper la fabrique du consentement avec ses créations et son regard critique. Un travail de longue haleine mais extrêmement précieux.

Et plus si affinités

http://www.pierreleblanc.be/