A l’avant-garde : L’hospice – Gilles Barbier – 2002

La chose ne manque ni de piquant ni d’ironie. Avec cette installation d’art contemporain intitulée L’Hospice, l’artiste Gilles Barbier questionne le mythe du super héros au moment où les grandes figures des comic books connaissent une fausse résurrection en envahissant les écrans. Tandis que Marvel et consort s’affrontent pour raconter les aventures de ces demi-dieux modernes, Barbier envisage leur chute, naturelle, logique : nous voici confrontés à un regard désabusé sur l’érosion du temps qui emporte tout, y compris les légendes.

Mise au placard

Ces figures incontournables de la pop culture, synonymes de jeunesse, de puissance, de justice, pourraient s’étioler ? Impensable. Et pourtant : contemplons Cat Woman dans son fauteuil, ses charentaises aux pieds, Superman s’appuyant sur son déambulateur, lunettes sur le nez, … Les chairs sont avachies, les seins tombent, les cheveux blanchissent, les traits sont figés dans l’attente de la mort, tandis que la télévision roule en boucle l’atrocité du monde, que ces justiciers ne peuvent plus protéger, faute d’énergie. Mis au placard, oubliés dans leur mouroir, végétatifs … 

Un surcroît de vraisemblance

Plus de glamour, plus d’aura, plus de charisme … fini les super pouvoirs. L’usage de la cire donne un surcroît de vraisemblance à ce tableau drôle et nostalgique à la fois, touchant, dur également ; L’Hospice propose un reflet de ce qui nous attend tous, un regard fataliste sur le devenir des êtres : antichambre de la mort, la vieillesse est un trépas social, une retraite au sens fort du terme. personne n’y échappe, ni les célébrités, ni les anonymes. c’est la loi naturelle, une règle de vie. même pour les héros du quotidien.

La fin d’une civilisation

Et puis, en  filigrane, il y a la difficile survivance des mythes face à la technologie. Télévision, magazine, comment faire perdurer l’aura d’un personnage de fiction issu de la bande dessinées, donc du papier, du livre, au travers du temps, quand de nouveaux médias surviennent ? A ce titre, l’installation de Barbier contredit la glorieuse résurrection des panthéons Marvel et DC opérée par la magie du cinéma et des séries. En récupérant ces figures emblématiques pour les projeter dans la dématérialisation numérique, ne trahit-on pas la version initiale ? Là aussi, c’est la fin d’une civilisation qu’interroge l’artiste, la fragilité de ses totems, l’appauvrissement de ses valeurs, de ses croyances.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur l’univers de Gilles barbier, consultez son compte Instagram et le site de la Galerie Vallois.