
Oh la jolie série de voilà !!! Adaptée du roman de Rufi Thorpe Margo’ s got money troubles (Margo a des problèmes d’argent) est tout à la fois drôle, intelligente, bien troussée, jamais gnagnan et surtout bien ancrée dans les problématiques de notre temps. Une petite leçon d’humanisme qui remet les coincés du cul et les bénis oui oui à leur place, et ça fait tant de bien.
Entre comédie et drame social
Margo donc. La vingtaine blonde et florissante, jolie comme un cœur, étudiante intelligente et débrouillarde, promise à un grand avenir d’autrice. C’est du moins ce que lui fait miroiter son prof de littérature qui en profite pour la séduire, lui faire un gamin et lâchement l’abandonner vu qu’il est déjà marié. Avorter semble être la solution ; seulement voilà, Margo ne veut pas avorter. Son petit bout de chou, elle le garde. Mais elle n’imagine pas un instant la galère que cela va représenter.
Coincée entre une mère un peu fofolle qui cherche désespérément le grand amour et un père aux abonnés absent, ex catcheur et toxico à peine repenti, Margo se retrouve sans véritable appui, sans job, sans fric. Pour faire bouffer son gamin, elle va opter pour l’unique solution que cette société de merde lui laisse : montrer ses seins et son cul sur Olyfans. Cela lui permet de tenir certes, mais cela n’est pas sans conséquences. Des conséquences graves qui font basculer cette comédie dans le drame social poignant.
« Tu l’as voulu ? Tu te démerdes. »
Car derrière les mésaventures de Margo, sa vie de famille pour le moins chaotique, c’est un monde cruel qui transparaît, où il ne fait pas bon être une jeune mère de famille en solo. Lâchée par tous.tes ou presque, Margo va taper à toutes les portes avec son bébé et se faire virer sans ménagement. Elle avait des études, un avenir ; pourquoi tout gâcher avec un lardon, issu d’un adultère en prime, alors qu’il suffisait d’une IVG pour régler la situation ? En d’autres termes, « Tu l’as voulu ? Tu te démerdes. »
Mais quand Margo arrive enfin à se démerder en faisant ce qu’on lui a dit de faire, à savoir un job à la maison, qui paye pas trop mal où elle est libre et où elle raconte des histoires, eh bien là encore ça ne va pas : sombrer dans le porno, la prostitution, la honte absolue. Et celleux qui lui conseillaient de s’émanciper de lui coller la tête un peu plus sous l’eau en critiquant le seul job qui lui ramène suffisamment de fric pour vivre et payer les couches et la bouffe de son pitchoune.
Une ambiance électrique
Je ne sais pas vous, mais personnellement chaque épisode de cette saga m’a arraché des cris d’indignation. Scénarisée par David E. Kelly à qui l’on doit par ailleurs Ally McBeal, Big Little Lies ou Présumé innocent entre autres faits d’armes vu que son cursus est long comme le bras, Margo a des problèmes d’argent va droit au but dans la dénonciation des hypocrisies bon teint de la société moderne. On pense par exemple à la coloc féministe qui méprise le choix de Margo avant de claquer la porte ou à la richissime et très select mère du papa qui va sortir les dents pour défendre ce rejeton qu’elle juge par ailleurs raté.
Franchement c’est hard. L’ambiance est électrique, portée à chaud par un casting musclé où la lumineuse Elle Fanning donne la réplique à Michelle Pfieffer, Nick Offerman, Nicole Kidman, Thaddea Graham et Greg Kinnear. Il fallait bien pareille brochette de talents pour garder l’équilibre entre le rocambolesque et le pathétique de cette histoire qui n’a rien d’une rareté (en moyenne 8900 mamans ados aux USA pour 2023, dixit Parents.fr). Et pour défendre la position d’une Margo femme forte qui assume tout sans lâcher un microminimètre de terrain.
Margo n’est jamais une victime
C’est peut-être la leçon de la série. Margo n’est jamais une victime, elle choisit, elle entend qu’on respecte ses choix et conserve sa dignité entre diarrhées, biberons et pole dance. On déplore avec elle le manque de considération qu’elle subit du moment qu’elle affiche son bedon d’abord, son nouveau-né ensuite. Rien pour l’épauler, par d’assistance, pas d’aide, encore moins de respect. Rien. Nada. Niente. En gros « faites des gosses Mesdames mais ne comptez pas sur nous pour vous accompagner, vous comprendre, vous laisser une place dans la vie active ».
Sidérant d’hypocrisie et malheureusement très juste : selon le site suisse 24heures.ch, « environ 2500 femmes perdent leur emploi chaque année après leur congé maternité ». Imaginez au niveau international. Imaginez quand il s’agit d’une maman seule. Voilà pourquoi on appréciera la vision finale d’une Margo érigée en super héroïne du quotidien, toute puissante déesse extraterrestre de la fécondité universelle, épanouie, autonome financièrement et créativement, capable de se démerder seule sans avoir à dire merci à un mec. Si ça, ce n’est pas du féminisme …
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