A l’avant-garde : Théo Haggai, le Petit Poucet du street art

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oeuvres de Théo Haggaï

Dans la série « Streetartistes qui méritent le détour », je demande Théo Haggaï. La trentaine, les mains usées par l’usage de la ponceuse, l’œil à l’affût et les pieds ancrés au sol, Haggaï a délaissé fresques gigantesques et bombes de peinture pour jouer les colmateurs de brèches en mode minimaliste/miniaturiste. Petit Poucet persévérant et poétique, il parsème ainsi l’espace urbain de délicates mosaïques gravées aux allures de peintures primitives où le noir et le bleu dialoguent avec l’or.

Opération créative en plusieurs temps

Son mode opératoire est désormais rôdé :

  • repérer une brèche, un trou, une fissure dans un mur lors d’une balade ;
  • en prendre l’empreinte avec un morceau d’argile extrait d’une poche ou prélever l’éclat de pierre qui manque de se déceler ;
  • revenir à l’atelier, trouver un motif (Haggaï n’en manque guère, il en a dessiné des blindes quand il bossait encore comme caissier chez Monop à Lyon) ;
  • peindre la surface du morceau en noir, graver le motif, le rehausser d’or ;
  • une fois sec, retourner le replacer pour terminer le colmatage … et transformer le mur ainsi rebouché en œuvre d’art. Et en message visant à interpeler le passant.

L’espoir des lendemains meilleurs

Et le faire réfléchir. La silhouette du Rêveur, ce petit bonhomme aux contours imprécis, désigne l’humanité, les laissés pour compte, ceux qu’on ne voit plus mais qui avancent dans la vie malgré tout, avec l’espoir des lendemains meilleurs. Jérôme Mesnager avait son homme en blanc pour animer en grandeur nature les murs des grandes villes, Théo Haggaï, lui, joue la discrétion, la fragilité, pour insuffler de la délicatesse dans les parois anonymes et sales des cités modernes.

Geste d’amour, tendresse du regard, constance du projet : entre kintsugi, peinture aborigène, mandalas et dessins de Keith Harring, les créations de Haggaï ont beau être discrètes, elles chantent bien haut le besoin d’être ensemble, en écho, en osmose. Et de s’envoler au dessus des masses de béton pour retrouver un peu d’oxygène mental.

Vandalisme inversé

Ne vous y trompez pas cependant : sous ses airs de modeste poète, Haggai pratique un acte de vandalisme inversé. Là où certains dégradent, lui répare. Là où la ville s’effrite dans l’indifférence, il injecte du luxe (l’or) et de la sueur (la ponceuse). C’est un « do it yourself » viscéral : pas besoin de l’autorisation de la mairie pour soigner une plaie de béton. C’est ça, la street culture : reprendre le pouvoir sur son environnement, un éclat de pierre après l’autre.

Alors, la prochaine fois que vous traînez vos pompes dans le 20ème ou ailleurs, levez le nez de votre smartphone et ouvrez l’oeil. L’art de Théo ne vous saute pas à la gorge, il se mérite. C’est une chasse au trésor urbaine où le gros lot n’est pas une liasse de billets, mais un petit électrochoc intellectuel, un shoot de lucidité poétique pour court-circuiter la grisaille et l’intolérance qui règne.

Pour aller plus loin

Découvrez le travail de Théo Haggai sur son site web.

Et plus si affinités ?

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Padmé Purple

Posted by Padme Purple

Padmé Purple est LA rédactrice spécialisée musique et subcultures du webmagazine The ARTchemists. Punk revendiquée, elle s'occupe des playlists, du repérage des artistes, des festivals, des concerts. C'est aussi la première à monter au créneau quand il s'agit de gueuler !