Bohin : dans les coulisses de la dernière fabrique d’aiguilles en France

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On pensait visiter une usine. On est reparti avec le sentiment d’avoir découvert une machine à remonter le temps, un lieu où l’on tisse le lien entre un geste millénaire et un avenir que l’on veut encore possible. Car chez Bohin, à Saint-Sulpice-sur-Risle, dans l’Orne, ce ne sont pas que des épingles et des aiguilles que l’on fabrique. C’est un art du travail, une prouesse de précision, surtout un héritage vivant, maintenu à bout de bras par une poignée de passionnés.

Une exception industrielle

A l’origine de ce projet, il y a Benjamin Bohin. Un homme d’affaires né doublé d’un fort caractère. C’est lui qui fonde l’usine Bohin en 1833. Presque deux siècles plus tard, le bâtiment est toujours là, trônant dans la campagne normande. La dernière manufacture d’aiguilles et d’épingles en activité en France. Une exception industrielle dans un pays qui a vu disparaître l’essentiel de ses savoir-faire textiles au fil des délocalisations. Ici, rien n’a été laissé au hasard. Chaque machine — souvent centenaire — vibre d’une mécanique unique.

On y suit, pas à pas, le trajet de l’acier, de la tige brute au polissage, du calibrage au contrôle qualité, jusqu’à la fameuse finition à l’œil nu. Il faut un bon mois pour accoucher d’une aiguille parfaite, sertie d’une petite boule de verre de Venise coloré. Un accessoire anodin mais qui en dit long sur un savoir-faire séculaire dont on ignore tout : l’intelligence du geste, la délicatesse avec laquelle les ouvriers et ouvrières travaillent la matière. Pas de robots en batterie, pas d’algorithmes : juste des mains, des yeux, de l’écoute et du respect.

Plus qu’un exemple, un espoir

Car Bohin n’a rien d’un mastodonte industriel. C’est une PME enracinée, qui lutte pour exister dans un monde globalisé, tout en gardant une éthique artisanale et sociale. Elle fournit encore et toujours les plus grandes maisons de couture françaises et internationales. Dans le sillage de son créateur, petit génie du commerce qui sut flairer les tendances et fit de son entreprise un fleuron de l’économie hexagonale, Bohin a su rebondir, s’adapter aux nombreuses mutations de l’après-guerre.

L’enseigne a bien failli disparaître ; reprise par un ancien cadre convaincu de sa valeur et de son potentiel, elle renaît de ses cendres en défendant un modèle où l’innovation respecte la tradition, où le geste l’emporte sur le rendement. Dans un contexte où l’on parle tant de relocalisation, de savoir-faire, de transmission, la Maison Bohin est plus qu’un exemple : elle est un espoir. Celui qu’il est encore possible, en 2025, de faire tourner une usine avec fierté, rigueur… et passion.

Une visite immersive

Pour preuve, cette visite pensée comme une expérience immersive complète. L’usine a été façonnée comme un musée vivant, littéralement. On ne se contente pas d’observer derrière une vitre. Ici, on entre dans les ateliers, on regarde les ouvriers travailler. On entend les cliquetis. On voit les machines tourner. On respire l’huile et la chaleur des moteurs. On échange avec celles et ceux qui perpétuent ces gestes rares. Et surtout, on comprend.

Les espaces d’exposition complètent l’immersion, retraçant l’histoire de la maison, l’évolution des techniques, les usages sociaux de l’aiguille (saviez-vous qu’elle fut un marqueur de classe, d’émancipation et même d’art politique ?). Une salle est réservée aux expositions temporaires, mettant en avant des artistes textiles d’avant-garde.

Nous sommes ressortis de cette visite les yeux brillants, avec cette étrange sensation d’avoir vu quelque chose de rare, de profondément nécessaire. Ce n’était pas une « sortie culturelle ». C’était une rencontre. Alors oui, allez visiter l’usine Bohin. Parlez-en. Soutenez-les. Achetez, offrez leurs produits. Car derrière une épingle Bohin, il y a un monde d’excellence, de beauté et de résistance.

Pour en savoir plus et préparer votre visite, consultez le site de l’usine Bohin.

Et plus si affinités ?

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Dauphine De Cambre

Posted by Dauphine De Cambre

Grande amatrice de haute couture, de design, de décoration, Dauphine de Cambre est notre fashionista attitrée, notre experte en lifestyle, beaux objets, gastronomie. Elle aime chasser les tendances, détecter les jeunes créateurs. Elle ne jure que par JPG, Dior et Léonard.