Salon des santonniers d’Arles : Santons story

En provençal, on le prononce « santoun », … « petit saint » … le santon qui orne les crèches de la Nativité depuis le Moyen Age jusqu’à aujourd’hui. C’est ainsi que Georges Vlassis me le présente. Georges Vlassis, photographe de son métier, passionné de culture provençale et grand ordonnateur du Salon des Santons organisé chaque année à Arles.

Un connaisseur donc, doublé d’un adepte fervent, qui va me raconter l’histoire de ces petits personnages avec un amour et une passion débordants.  Son salon existe depuis un demi siècle. Cette session est la 52eme. Initialement créé par Marcel Carbonnel, l’un des santonniers les plus célèbres, cet événement  n’est pas un rassemblement de professionnels, pas de stands ni de cartes de visite donc, mais une revue très complète de ce qui se produit de mieux chaque année en matière de crèche, avec 3 domaines de prédilection : les santons crées par des santonniers professionnels, les santons d’amateurs et les santons venus de l’étranger (cette année la Russie).

Des santons venus de l’étranger ? Mais c’est qu’on produit des crèches au 4 coins du monde, m’explique Mr Vlassis, et avec des matériaux aussi variés que la terre, la glaise, le bois, la porcelaine, l’écorce, l’osier, la laine, la ficelle, le verre, le métal, … autant de variations pour décliner les sujets qui composent la crèche de base à savoir les acteurs de la Bible : l’Enfant Jésus, La Vierge Marie, Saint Joseph, l’âne et le beuf, l’Ange annonciateur, les bergers et les rois mages. Il s’agissait à l’origine de sujets d’une soixantaine de cm exposés dans les églises ou chez les familles très riches. On les fabriquait en plâtre, glaise, argile ou en mie de pain.

La Révolution Française va changer tout cela : destruction des églises oblige, les crèches seront interdites jusqu’au Concordat qui restaurera la tradition : les particuliers pratiquent la fabrication clandestine en papier mâché, cartin, ou verre filé. Puis arrivent les années 1870 et la Révolution industrielle ; un certain Lagnel a l’idée de créer un moule : le santon en série est né ! A l’origine produit de luxe, le santon à 1 sou se démocratise : c’est alors qu’apparaissent les petits métiers et les costumes du XIXème siècle. Soudain la crèche devient le reflet de la vie de village.  Une sorte de miroir du bourg provençal tel que peut le décrire Daudet dans Les lettres de mon moulin.

Un visage toujours d’actualité même si certains santonniers se risquent à certaines innovations parfois controversées … un matador, une Vierge enceinte (qui a fait scandale) ou un abbé Pierre vite retiré de la circulation car interdit de vente : les moules et les figurines furent retirés et détruits. Autant dire que les heureux propriétaires des rares figurines vendues sont aujourd’hui à la tête d’un petit pactole car ce pur collector vaut très cher sur le marché d’un santon à la base déjà assez onéreux, allant en moyenne de 10 à 18 euros suivant sa taille depuis le santon puce (1 cm) jusqu’aux 17 cm de son frère aîné destiné aux crèches de famille.

Composée en moyenne d’une soixantaine de figurines à l’exclusion des maisons, puits, animaux et autres décorations, une crèche digne de ce nom suppose un budget. Démocratisée elle n’est plus l’apanage des familles croyantes ; il est désormais admis de tous que la crèche fait partie des gestes rituels pour la préparation de Noël. Un marché où la concurrence devient rude pour les artisans spécialisés. A l’origine, les santons étaient sculptés à la main. Aujourd’hui on modèle une pièce initiale sur laquelle on coulera un moule qui servira à reproduire environ deux cents pièces. Le moule usé, on en refera un nouveau sur la pièce initiale soigneusement conservée.

Une industrie donc, avec de véritables enjeux économiques. Aujourd’hui tout le monde peut s’instituer santonnier : il suffit d’acheter des moules et de taper les figurines à la chaîne. Et le métier de proliférer. Certes les vrais santons sculptés sont estampillés car ils constituent de petites œuvres d’art marquées par les particularités d’un artiste qui tient souvent du figuriste. Mais voici que point la concurrence étrangère avec des santons chinois en résine, moins chers … et beaux! Une menace que les professionnels prennent très au sérieux en envisageant de réorganiser la filière, avec par exemple la très nette volonté d’établir une charte de qualité.

Autant dire que dans ces conditions, les santons vont encore avoir bien des aventures à vivre.

Et plus si affinités

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