Pauline s’arrache : « on s’aime mal mais on s’aime fort ! »

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Le genre de phrase mélodramatique qu’une Blanche Neige vieillissante et déformée par les grossesses pourrait lancer à son prince défraîchi et désabusé ainsi qu’à ses gosses insupportables, un soir d’engueulade ? Des mots ridicules, une punchline grotesque et facile, excessive, que seul un scénariste raté oserait glisser dans le pitch d’une série familiale de seconde zone ? Détrompez-vous : ces termes chargés de violence, de passion, de rancoeur et de fierté sont au coeur de Pauline s’arrache, documentaire pour le moins survolté qu’Emilie Brisavoine consacre à sa petite soeur Pauline et toute la tribu qui l’entoure.

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Tribu recomposée, construite par des parents atypiques, maman punk et dominatrice, papa travelo et adulescent. Les deux premiers de la portée ont fui qui chez la marraine, qui chez la mamie. Seule à être demeurée dans la place, Pauline, la petite dernière de 15 ans, donne du fil à retordre à ses géniteurs qui n’en peuvent plus, épuisés par leurs propres querelles intestines. Imbuvable, exécrable, invivable, la gamine est serrée de près par l’objectif de sa demi soeur, Émilie, fruit d’une précédente union de la maman et réalisatrice malgré elle de cette résilience vibrance.

Car les tourments de la petite princesse font écho aux parcours pour le moins escarpés de ses parents, qui ont conservé au chaud dans leur besace affective les traumatismes de leur enfance, et les transmettent involontairement à leur descendance. L’heure de la rébellion a sonné, passant du rire à l’insolence aux sanglots, Pauline la chieuse se débarrasse de ce lourd fardeau qui n’est pas le sien pour entrer dans la vie adulte, offrant au passage une psychothérapie décapante à ses parents adorés.

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Le mot n’a rien d’ironique. Car il y a dans ces images, ces instants de vie, la captation morcelée de cette crise existentielle qui s’appelle grandir, un amour profond, une passion évidente, un attachement réel, véridique et sans fard, qui transpire même dans les engueulades, les moments de déchirure. Présentée comme un conte de fée, cette chronique d’une mutation commune porte une émotion, une justesse incroyables, qui confrontent l’image sublimée d’un monde parfait à la rugosité d’une réalité malheureusement sordide avec laquelle il convient de composer.

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Progressivement au fil du récit, on aboutit au coeur du conflit, on en déterre les racines. Le processus est d’autant plus naturel, que la réalisatrice l’a enclenché par hasard, filmant ses proches pour tester la caméra d’un copain et frotter son oeil d’illustratrice au 7eme art. Une réussite quand on sait que le film a ébloui le public de Cannes et gagné une flopée de prix. On appréciera la vivacité du rythme, l’équilibre dans le montage de formats très différents, la spontanéité du propos … et le choix musical adapté qui alterne la fougueuse Symphonie n°25 de Mozart à la guitare électrique et la mélancolique « Suite bergamasque 3 – Clair de lune » de Debussy.

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On goutera surtout la pertinence du sujet, son caractère à la fois décalé et universel, la petite pointe de malice et de détachement qui enrobe le tout, pour rappeler que finalement ce n’est pas si grave, tout ça, tant qu’on s’aime, même fort, même mal …

Et plus si affinités

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http://www.jour2fete.com/index.php/dvd/259-pauline-s-arrache

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