On ne badine pas avec l’amour : Musset du marivaudage au drame tout simplement

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Pour ceux qui l’ignoreraient, la vie sentimentale d’Alfred de Musset ne fut pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut. Passionnés et passionnels, ses romantiques élans pour la talentueuse George Sand ont laissé une trace profonde dans sa vie, leur séparation encore plus et c’est au retour de Venise où la belle l’a trompé qu’il décide d’écrire ce parfait exemple de « théâtre dans un fauteuil ».

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Car sachez-le, On ne badine pas avec l’amour ne fut joué sur scène que trois décennies après son édition en 1834. Longues tirades, répliques cocasses, complexité des sentiments, dialogues argumentés, … on oscille entre proverbe, poésie et roman tandis que la froide Camille et le beau Perdican s’affrontent, la première refusant obstinément d’épouser le second, ce qui fait le désespoir du baron qui comptait bien marier son fils à sa cousine.

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Le tout ferait un marivaudage des plus honnêtes si la pauvre Rosette, tendre paysanne et sœur de lait de Camille, ne faisait les frais de ce jeu pervers, au point d’y laisser la vie. C’est ce mélange très singulier entre les genres que Christophe Thiry met en exergue au travers de sa lecture, dirigeant les acteurs de L’Attrape Théâtre sur une scène nue où ils incarnent les personnages principaux, les figurants autant que les statues du jardin où se situe cette farce tragique.

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Inspirés de l’antiquité comme de notre période contemporaine, les costumes aux tonalités beiges rappellent que ce chassé croisé amoureux affligeant n’a pas d’âge. Shakespeare le baroque, Racine le rigoureux, Marivaux donc si faussement léger, les acteurs passent du cocasse au pathétique pour conter cette fable de l’amour frauduleux et lâche. Qui ici est le plus fautif ? On se le demande, tandis que les comédiens nuancent ces caractères torturés, de leur fraîcheur et de leur spontanéité.

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Soulignons l’exceptionnelle prestation de Pierre Marzin, qui apporte au Baron une épaisseur d’inconséquence égoïste et naïve, rattachant le personnage aux figures démesurées de Molière, aux héros infatués de Labiche. Une manière supplémentaire de souligner la richesse de l’écriture de Musset.

 

Et plus si affinités

http://www.lucernaire.fr/beta1/index.php?option=com_content&task=view&id=1746&Itemid=52#.VKA9sc8HsM

http://www.attrapetheatre.fr/spip.php?article44

http://www.caspevi.com/on-ne-badine-pas-avec-lamour/