Marguerite : quelques grammes de surréalisme dans un monde de brutes

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Il y a peu nous chroniquions l’excellente série Folle Histoire, nous attardant avec un plaisir non feint sur le deuxième volet dédié aux Grandes Hystériques. Parmi elles, le cas Florence Foster Jenkins, richissime américaine des années 40 qui se piquait d’art lyrique au point de se prendre pour une cantatrice exceptionnelle. Ce qu’elle n’était point, loin s’en faut, chantant comme une véritable seringue. Persuadée néanmoins de son incroyable talent, que personne dans son entourage n’osait remettre en doute, la dame alla jusqu’à louer le mythique Carnegie Hall pour y donner une soirée où la jet set new yorkaise se précipita, avide d’une bonne rigolade. Elle ne fut pas déçue. Mais la dame, ravagée par les critiques de la presse, y laissa la vie.

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Cette histoire insensée a inspiré l’intrigue de Marguerite. Nous sommes au lendemain de la Première Guerre Mondiale, et Marguerite s’ennuie ferme dans ses ors et ses fourrures. Héritière fortunée mariée à un noble qui la délaisse, elle se voue corps et à âme à l’opéra, massacrant avec une candeur angélique les plus grands airs du répertoire devant le parterre de ses connaissances, qui rient sous cape. Elle est riche comprenez-vous, l’argent excuse tout. Et puis cette douce dingue est enfermée dans sa classe sociale, au chaud dans le cocon de ses proches. Du moment où elle décide d’en sortir, le ton change. Et la belle aura bien du mal à imposer ses désirs et sa passion.

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Tragédie loufoque, le film de Xavier Giannoli offre à Catherine Frot un rôle en or, qu’elle embrasse avec un éventail d’émotions, de nuances, de subtilités. Très vite, ce personnage ridicule prend une dimension mythique, dans sa folie, sa démesure. Ingénue, convaincue, travailleuse, sa ferveur est sans égale, et force notre pitié et notre admiration. Hystérique disent ses contemporains, frustrée d’amour et de sexe, diront les psychanalystes … ou tout simplement née à la mauvaise époque ? Si elle n’a rien d’une grande chanteuse, Marguerite est faite pour les planches, actrice habitée, égérie surréaliste qui prend son essor dans une représentation Dada, envoyant par la même occasion bouler les interdits de sa caste.

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Face à elle, un époux qu’elle reconquiert peu à peu par ses fredaines, qui la découvre au fur et à mesure qu’elle lui échappe, qu’elle échappe à son statut. André Marcon fait de cet aristocrate sur le retour un homme perdu, qui trouve sens à sa vie, en cherchant vainement à protéger le tourbillon qui lui sert de femme. Dans leur monde, tout s’inverse, et c’est dans un cirque de freaks que peu à peu nous nous retrouvons : des poètes à l’accent russe qui sont en fait des titis parisiens, des serviteurs noirs qui pratiquent la danse hindoue, des femmes à barbe qui lisent l’avenir dans les tarots … et ce professeur de chant, ancienne gloire des scènes tombée en désuétude qui s’oublie un peu trop dans les cabarets de travestis, génial Michel Fau …

Dans cette galerie de caractères, Marguerite est la plus vraie, la plus sincère, la plus droite … un ange qu’on sacrifie, que jamais il ne faudrait ramener sur terre. On appréciera à la fois l’originalité du sujet, la fraîcheur du scénario, l’extravagance des personnages, la réflexion désabusée sur l’art et ses chimères. Le film est nominé onze fois pour les Césars 2016, avec raison et de fortes chances de succès : il faut dire que Marguerite a quelque chose d’unique, l’intelligence.

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Et plus si affinités

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